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Non et Prénom | No and First Name
 


 

Lettre à un jeune marocain, Editions du Seuil, Paris.
 
A Letter to a Young Moroccan, Eidtions Seuil, Paris. 


  

Cher frère,

Tu le sais bien, rien ne m’a préparé à être ce que je suis aujourd’hui. Nous sommes nés dans la même maison et nous avions les mêmes parents, en tout cas je l’espère. La légende dit qu’on m’a trouvé dans un panier, dans un coin des escaliers du Petit Socco à Tanger. Notre grande soeur Zineb m’a torturé jusqu’à l’âge de quinze ans avec cette histoire. Normalement, je devrais être aujourd’hui en train de vendre des objets volés ou au mieux des légumes au marché aux puces de Casabarata, notre cher et détestable quartier. Tu as toujours été en avance. Tu es arrivé trois ans avant moi, et tu as toujours été le préféré de notre père. C’est que notre pauvre mère a dû accoucher de cinq filles avant d’avoir un garçon, toi. Moi, j’ai été le dernier, et je le suis toujours.

Je n’ai pas eu de printemps, je n’ai pas eu d’été, voici déjà l’hiver. Tu te rappelles, durant toute notre enfance nous avons été habillés avec les vêtements des autres. Les chaussures, les chemises, les pantalons des autres. Le marché aux puces de Casabarata était notre vrai père. Il nous a nourris, habillés, éduqués. Même nos livres étaient d’occasion. Il fallait toujours trouver une occasion pour vivre, même dans l’ombre des autres. Ou plutôt survivre. Notre mère nous a appris à être fiers. Fiers de… Quoi au juste?? Je ne sais pas… Un concept. Je me suis d’ailleurs toujours demandé comment elle avait réussi à nous injecter cette fierté dans le sang. Cette fierté était ma seule possession, ma seule richesse. Jusqu’au jour où le professeur de français m’a giflé en montrant à toute la classe mon livre tout déchiré, plein de crasse, de dessins, avec toutes ces pages qui manquaient. Pour lui, c’était évident, je ne pouvais être qu’un mauvais élève pour avoir ainsi traité mon livre dès le début de l’année. Je n’ai pas eu le courage de lui expliquer que mon livre avait déjà eu plusieurs vies. Que je n’étais pas le propriétaire de mon livre, ni l’auteur de ce qui était écrit et dessiné sur ses pages. Je me souviens t’avoir raconté cette histoire et je me souviens aussi comment tu as réussi à me faire rire alors que les larmes coulaient sur mes joues. Notre mère m’a calmé. Je me souviens de ses paroles. « Tu sais, mon petit chat, celui qui est habillé avec les vêtements des autres est nu » Notre mère avait raison. C’était exactement cela que j’avais ressenti en classe. J’étais nu devant tout le monde. Le concept de « fierté » de ma mère en avait pris un grand coup.

Ce jour-là, j’ai décidé que si je devais être puni de nouveau, alors que ce soit au moins pour mes propres fautes. J’ai décidé alors de commencer à dessiner et à écrire ma propre histoire. J’ai décidé d’avoir ma propre pensée, pour ne plus jamais me retrouver nu.

Tout cela est triste, violent et beau à la fois. Les choses étaient impossibles et dures. Mais c’est ce qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Cela ne nous a pas empêchés de rêver, de vouloir changer notre condition, et le monde avec. Tu as choisi de faire de la philosophie et moi, j’ai choisi de faire de l’art. Notre vieux père s’en foutait au début. Il espérait juste qu’un de nous deux travaille un jour dans une banque. Assurer l’avenir de la famille. Je n’ai jamais aimé les banques et l’avenir m’aura donné raison. Toi, tu t’es arrêté en plein chemin, et même, pour dire toute la vérité, au tout début du chemin. Tu as tout quitté, tes études, tes rêves, la philosophie et les philosophes. Tu as tout laissé tomber. Je n’ai jamais compris pourquoi. Tu étais le plus fort de nous deux, le plus intelligent et pourtant… Finalement nos chemins se sont séparés et nous nous sommes éloignés. Je suis parti chercher des vêtements neufs, comme tu dis. Je sais qu’aujourd’hui tu me hais, tu me l’as déjà montré, parfois avec une sorte de gentillesse, parfois avec beaucoup de violence.

Aujourd’hui, je veux te parler, je veux t’écrire. Je veux t’écrire avec les quelques mots qui me restent. Ceux que j’ai réussis à garder dans un petit coin de ma mémoire. Ceux que j’ai sauvés, ceux que j’ai nettoyés et lavés. Je ne sais pas comment ni par où commencer. C’est très dur, c’est presque impossible aujourd’hui encore. Impossible de commencer, impossible de continuer, impossible de finir. Tout était presque impossible hier, mais ça l’est encore plus aujourd’hui. Vivre, créer, aimer, se séparer, mourir, partir dans le silence et l’ignorance de tous.

Pas de projet pour demain, demain est impossible. Demain comme hier n’appartiennent à personne. Pour te dire la vérité, demain et hier n’existent plus. Dès que j’ai quitté la famille, j’ai appris à me concentrer sur l’aujourd’hui. Survivre au jour le jour. Tous ceux qui te parlent de demain, tous ceux qui te promettent un demain, n’ont rien à t’offrir aujourd’hui. Aujourd’hui, c’est tout ce qui compte. Et tu ne dois compter que sur aujourd’hui. Oublie ceux qui te demandent le nom de ton père. Oublie ceux qui te demandent : De qui es-tu le fils? Car tu n’es le fils de personne. Tu es ton propre fils, tu es ton propre père. Tu es aujourd’hui. N’oublie jamais que ta seule chance, c’est de comprendre que chaque jour est aujourd’hui. Tu dois naître aujourd’hui. Vivre aujourd’hui. Comprendre aujourd’hui. Mourir et renaître chaque jour.

C’est impossible, je t’entends dire. Oui, c’est impossible, mais c’est ta seule chance. Alors, prends l’impossible avec tes deux mains, remodèle-le et crée ton monde. Que l’impossible devienne l’outil et l’arme du combat. Que l’impossible devienne ton ami, ton confident, ton compagnon, ton capital, ton identité. Que l’impossible devienne ta clé, ta lumière. Éclaire avec l’impossible l’ignorance de ceux qui savent. Ceux qui pensent à ta place. Ceux qui te parlent de demain en t’empêchant de vivre aujourd’hui. Montre-leur ce que tu es capable de fabriquer avec l’impossible, avec presque rien, avec des bouts de ficelle. Montre-leur ce que tu es capable de faire d’aujourd’hui, pas demain, pas après-demain. Offre ton passé aux chiens enragés, affamés, qu’ils se le partagent. Laisse-les le déchirer en mille morceaux. Ton futur, c’est aujourd’hui même. Ton futur c’est cet instant même où tu es en train de respirer. Ta respiration c’est ton vrai futur. Alors respire, remplis tes poumons d’air.

Tout ce qui t’arrive est pour toi, prends-le alors. Le monde sera à toi si tu veux faire partie du monde. Tout t’appartient, tout est à toi. Tu es né sur une planète, tu n’es pas né dans une maison, ni dans un quartier, ni dans une ville, ni dans un pays. Tous les pays t’appartiennent. Toutes les langues. Tous les parfums du monde. Prends tout, tout est pour toi. C’est dur, je t’entends dire. Oui, c’est dur. C’est très dur de se connecter au monde. De penser le monde. C’est très dur de prendre le monde, de l’accepter comme un cadeau. Parce que ceux qui ont pris l’habitude de penser à ta place, de parler à ta place, de vivre à ta place, t’ont persuadé que le monde ne t’appartient pas. Que ton pays ne t’appartient pas, ni ta ville, ni ton quartier, ni même la maison où tu es né. Prends tout, prends le maximum, revendique le maximum. Vis toute la vie en un seul jour. Vie chaque jour dans un monde, chaque jour dans une langue, chaque jour dans une religion.

Je t’entends dire : et les frontières ? Que peut-on faire face aux frontières, aux obstacles ? La création est l’ennemi des frontières. Crée, fais en sorte que ta création dépasse les frontières. Fais en sorte que ta pensée dépasse les frontières. Crée, critique, change, parle, crie. Mais n’oublie jamais que ceux qui ont crié trop fort ont perdu leur voix, et qu’il ne faut pas perdre le sens du combat. Tu sais que les choses sont impossibles de là où tu es né. Tu sais aussi que c’est de cette impossibilité que tu dois tirer ta force. L’extraire, comme on extrait l’essence d’un parfum depuis une plante sauvage. N’attends l’aide de personne et n’attends personne. Marche, cours si tu peux et tombe quand tu ne peux plus. Tombe et n’aie pas honte de tomber. Pleure, et n’aie pas honte de pleurer. Souffre et n’aie pas honte de souffrir. Encore une fois prends tout et ne laisse rien. N’attends pas qu’on t’offre la vie sur un plateau. La vie est une expérience, alors expérimente-la. Exige de la vie ce que tu veux, ne sois pas timide. Demande et donne, donne tout. Donne ta vie à la vie, ne sois pas avare. Oui, donne tout, si tu veux tout avoir. Offre-toi sans peur de te perdre. Perds-toi, n’écoute jamais ceux qui savent. Ceux qui pensent tout savoir et qui veulent te priver des joies de l’expérience. N’écoute pas leurs conseils, leurs histoires passées. Ce sont des fantômes, ne les laisse pas te hanter. Ne les laisse pas prendre possession de ton corps et de ton esprit. Sois un corps, sois un esprit. Sois un souffle. Alors tu dépasseras les frontières, tu surmonteras les obstacles, tu voleras très haut. Ne cache rien, dis tout. Demande à voir, choisis d’être de ceux qui ne savent pas, de ceux qui cherchent à savoir, de ceux qui n’ont pas peur de voir, d’entendre, de sentir, de goûter, de toucher, de respirer.

Devant l’impossible, il faut rester vivant. Le combat est inégal certes, mais c’est un vrai combat qui mérite un vrai sacrifice. Alors offre-toi tout entier à ton combat. Prends cette chance de se battre et bats-toi. Vis chaque jour, meurs chaque jour, renais chaque jour. Coupe ta langue malade de peur et de honte, apprends une autre langue. Enlève le voile, sois un visage, une voix, des yeux, des larmes. Sois un sourire. Sois un fruit, laisse les autres goûter à toi, laisse-les boire. Sois des poumons, respire. Sois des mains, des doigts, caresse la vie et sens sa chaleur. Sois des pieds, marche, fais des pas, cours. Sois un coeur, bats-toi.

Ceux qui peuvent encore rêver ne dorment plus, alors réveille-toi, reste éveillé. Ouvre tes yeux, regarde. Remplis tes yeux de toutes les images du monde. Ne refuse rien à ta curiosité. Donne-toi tout aujourd’hui. Ton corps, ton esprit, ton âme, ils t’appartiennent. Ne laisse personne décider ni penser à ta place, ne laisse personne vivre ni mourir à ta place.

«C’était écrit, depuis toujours.» Voilà la faille de notre éducation. Le drame de notre vie. La stupidité de nos ancêtres. Si tout était écrit, alors que nous resterait-il à écrire ? Que nous resterait-il à dire, à faire, à vivre ? Cette phrase lue dans les livres de ma jeunesse me revient tout le temps à l’esprit. L’évidence, avant même de naître. L’impression de ne rien pouvoir décider.

Cher frère, il faut écrire. Rien n’a été écrit. Écris et sois le point final de ton histoire. Je t’entends dire : C’est trop tôt. Mais plus tard, ce sera peut-être trop tard. Il y a urgence. Il faut écrire maintenant, aujourd’hui même, à l’instant même. À trop donner de conseils, je suffoque et retombe dans les affres du passé. Mais revenons à aujourd’hui. Tout n’est pas écrit. Tout change et tout le temps. Ton histoire peut commencer aujourd’hui, et il n’y a que toi qui puisses l’écrire. Commence par «Nom» et termine par ton «Prénom». Dis non à tout ce qui était écrit et tourne la page. Dis non et commence une nouvelle page. C’est le moment d’affronter la réalité avec toute sa beauté et sa violence. La réalité telle qu’elle est, sans voile ni protection. Nous avons été été éduqués (pour ne pas dire formatés) à penser à travers des schémas qu’on nous a appris. Mets ta pensée au point zéro et avance. Oublie tout ce que tu as lu. Il faut déconstruire « la machine », sortir et se placer le plus possible à l’extérieur, refuser les pyramides de valeurs. Provoquer l’accident et mettre le temps en retard. Parfois, je me demande si tu n’es pas allé au bout de la métaphore, au bout de la fascination pour cette « machine » qui nous a déformés.

Oui, tu as besoin d’un point mort, de créer une brèche dans le temps pour pouvoir l’arrêter. Juste le temps nécessaire pour voir ta réalité, ton histoire éclabousser le reste du monde. Il faut creuser jusqu’au point de tout retourner, jusqu’aux fondations, et montrer que ses structures elles-mêmes reposent sur des défaillances. Des mensonges. Ceux qui te disent que tout est écrit veulent t’emprisonner dans leurs livres, dans leurs pensées, dans leur histoire et leurs vies. Ah, si seulement les mots étaient libres sans aucune histoire ! Juste des mots. Des mots nus. Non, rien n’est écrit, tout est encore à trouver. Tout est à créer, tout est à vivre. Non, je ne peux plus penser le monde avec des outils du passé, juste pour accepter une réalité illusoire. Aujourd’hui je suis en vie. Je pense, je marche et je continue. Je souffre et mon état n’a sans doute rien à voir avec toi, mais tout mon corps me fait mal. Ma langue est une hémorragie, je saigne chaque fois que je parle. Je suis vivant et je risque ma vie chaque instant.

Si tout est lumière, j’irai vers la lumière. Si tout est poussière, j’irai jusqu’au bout de la poussière avec soif et désir.J’ai pensé très tôt que le pire serait de se réveiller un jour et de comprendre que ma vie avait déjà été vécue par un autre.

Cher frère, cette lettre est écrite pour moi, en pensant à toi.

Mounir, Paris, le 30 Mars 2009.

 

Dear brother,

You know very well that nothing prepared me to be what I am today.
We were born in the same house and we had the same parents, at least I hope so. Legend says that I was found in a basket in the corner of the stairs of the Petit Socco in Tangier. Our older sister Zineb tortured me with this story until the age of fifteen.
Under any other circumstances, today I should be selling stolen goods or, at best, vegetables at the Casabarata flea market, our beloved and detested neighbourhood.
You were always in advance. You arrived three years before me, and you were always our father's favourite. That's because our poor mother had given birth to five girls before having a boy, you.
Me, I was the last, and I still am.

I have not had a spring, I did not have summer, and winter's already here. You remember, all our childhood we were dressed in other people’s clothing; Other people's shoes, shirts and trousers. The Casabarata flea market was our real father. It fed, clothed and educated us. Even our books were used.
You always had to find an opportunity to live, even in the shadow of others.
Or rather survive. Our mother taught us to be proud. Proud of ... What exactly?? I don't know…
I always wondered how she managed to instil a sense of pride into our blood. That pride was my only possession, my only wealth. Until the day the French teacher slapped me, pointing out my tattered book full of grime, drawings, with all those missing pages to the rest of the class. Was it clear to him? I must be a bad student to have treated my book so badly from the beginning of the year. I didn't have the courage to explain that my book had already had several lives.
I was not my book's owner, nor the author of what was written and drawn on its pages. I remember having told you that story and I also remember how you managed to make me laugh as tears rolled down my cheeks. My mother calmed me down. I remember her words. "You know, my little cat, he who is dressed in the clothes of others is naked." Our mother was right. That was just what I had felt in the classroom. I was naked in front of everyone. My mother's concept of "pride" had taken a blow.

That day, I decided that if I was to be punished again, at least as it would for my own actions. I decided to start to draw and write my own story. I decided to think for myself, so as never to find myself naked.

This is all sad, brutal and beautiful at once. Things were impossible and hard. But this is what has made us what we are today. This does not prevent us from dreaming, wanting to change our situation, and the world with it. You chose to study philosophy and I chose to study art. Our old father didn't care at first. He just hoped that one of us would work in a bank one day. To secure the family's future. I never liked banks and the future has proved me right. You, you gave up soon, and, to tell the truth, at the very beginning of the path. You left everything, your education, your dreams, philosophy and philosophers. You dropped everything. I never understood why. You were the strongest of us, the most intelligent and yet?! Finally our paths have separated and we moved apart.
I went to find a new outfit, as you said. I know that today you hate me, you have already shown me that, sometimes with a sort of kindness, sometimes with great brutality.

Today I want to talk to you, I want to write to you.
I want to write the few words I have left to say to you. Words I have managed to keep locked away in a corner of my memory. Words I saved, words I cleaned and washed. I do not know how nor where to start. It's very hard, it is almost impossible now. Impossible to start, impossible to continue, impossible to finish. Everything was almost impossible yesterday, but it is even more so today.
Live, create, love, separate, die; Continue in the silence and ignorance of everything.

No plans for tomorrow, tomorrow is impossible. Tomorrow like yesterday belongs to no one. To tell you the truth, tomorrow and yesterday no longer exist. As soon as I left the family, I learned to focus on today.
Survive from day to day.
All those who talk to you about tomorrow, all those who promise you a tomorrow, have nothing to offer you today.
Today is all that matters. And you have to rely solely on today. Forget those who ask you the name of your father. Forget those who ask you: Who are you the son of? For you are the son of no one. You are your own son, you are your own father. You are today. Never forget that your only chance is to understand that every day is today. You must be born today. Live today. Understand today. Die and be reborn each day.

It's impossible, I hear you say. Yes, it's impossible, but it's your only chance.
So take the impossible with both hands, reshape it and create your own world.
So that the impossible becomes a tool and weapon of combat. So that the impossible becomes your friend, your confidant, your companion, your property, your identity.
So that the impossible becomes your key, your light. Illuminate with the impossible the ignorance of those who claim to know it all. Those who think for you. Those who speak to you about tomorrow, preventing you from living today. Show them what you are capable of making with the impossible, with nothing, with bits of string. Show them what you are capable of doing today, not tomorrow, not after tomorrow. Offer your past to starved, rabid dogs, so they might share it. Let them tear it to pieces.
Your future is today. Your future is this very moment you are breathing. Your breath is your real future. So breathe, fill your lungs with air.

Everything that happens to you is for you, so take it.
The world will be yours if you want to be part of the world. Everything belongs to you, everything is yours.
You were born on a planet, you are not born in a house or in a neighbourhood or a city or a country. All countries belong to you. All languages. All the perfumes of the world. Take it all, everything is for you.
It's hard, I hear you say. Yes, it's hard.
It's very hard to connect to the world. Think about the world. It's very hard to take the world, to accept it as a gift. Because those who have the habit of thinking for you, of speaking for you, of living in your place, have convinced you that the world isn't yours. That your country, or your town or your neighbourhood, or even the house where you were born do not belong to you. Take everything, take everything you can, claim everything you can. Live your whole life in one day. Live every day in one world, every day in one language, every day in one religion.

I hear you say: and what about the borders? What can we do faced with borders and obstacles?
Creation is the enemy of borders. Create, make sure that your creation goes outside of borders. Make sure that your mind transcends borders. Create, criticise, exchange, talk, shout. But never forget that those who shouted too loud have lost their voice, and that we must not lose the feeling of fighting. You know things are impossible from where you were born. You also know that it is from this impossibility that you have to draw your strength. Extract it, as perfume is extracted from a wild plant.
Do not expect help from anyone and expect no one. Walk, run if you can and fall when you can no longer go on. Fall and do not be ashamed to fall. Cry, and do not be ashamed to cry. Suffer and do not be ashamed to suffer. Again take everything and leave nothing. Do not expect that life will be offered to you on a silver platter. Life is an experience, so experience it. Demand what you want from life, do not be shy. Ask for and give, give everything. Give your life to life, don't be stingy with it.
Yes, give everything, if you want to have everything. Offer yourself without fear of losing yourself.
Lose yourself, never listen to those who know. Those who think they know everything and want to deprive you of the joy of the experience. Do not listen to their advice, their past history. They are ghosts, do not let them haunt you. Do not let them take over your body and your mind. Be a body, be a spirit Be a breath. Then you will push limits, you will overcome obstacles, you will fly high. Don't hide anything, say everything. Ask to see, choose to be one of those who do not know, one of those looking to learn, one of those who are not afraid to see, hear, smell, taste, touch, breathe.

Faced with the impossible, you have to stay alive. The fight is certainly uneven, but it's a real fight that deserves a real sacrifice. Then offer all of you to your fight. Take this chance to fight, and fight. Live each day, die each day, be reborn each day. Forget your sickly language of fear and shame, learn another language. Remove the veil, be a face, a voice, eyes, tears.
Be a smile. Be a fruit, let others taste you, let them drink.
Be lungs, breathe. Be hands, fingers, caress life and feel its warmth. Be feet, walk, take steps, run. Be a heart, beat.

Those who can still dream no longer sleep, so wake up and stay awake.
Open your eyes, look. Fill your eyes with all the images of the world. Refuse nothing for the sake of your curiosity. Give your all to today.
Your body, your mind, your soul, they belong to you. Do not let anyone decide or think for you, do not let anyone live or die in your place.

"A long time ago it was written…." This is the flaw in our education. A cause of unnecessary drama in our lives. The stupidity of our ancestors. If everything was written, then what is left for us to write? What is left to say, to do, to live? This phrase found in the books of my youth, is embedded in my memory. It gave the impression of being unable to decide anything. The results handed over, even before being born.

Dear brother,
I must write. Nothing was written.
Write and be the end point of your story. I hear you say: It's too early. But later, it may be too late.
It is urgent. You must write now, today, at the same time.
When given too much advice, I struggled for air and fell back into the horrors of the past. But back to today. Not everything is written. Everything changes all the time. Your story may begin today, and only you can write it. Start with "No" and end with your "Name." Say no to everything that was written and turn the page. Say no and start a new page. It's time to face reality with all its beauty and brutality. Reality as it is, no veil or protection. We were educated, if not formatted, to think inside the box we were shown.
Reset your mind and go from there. Forget everything you've read.
We must deconstruct "the machine," leave and put as much as possible outside, refuse the value. Cause accidents and time delays. Sometimes, I wonder if you didn't go at the end of this metaphor, at the end of the fascination with this "machine" that has twisted us.

Yes, you need a standstill, to create a gap in time in order to stop it. Just long enough to see your reality, your story splattering the rest of the world. You have to dig to the point of no return, to the foundations, and show that its structures are themselves based on failures. Lies.
Those who tell you that everything is already written, want to imprison you in their books, in their thoughts, in their history and their lives.
Ah, if only words were free from any history! It's all just words. Bare words. No, nothing is written, everything is still unfound.
Everything needs to be created, to be lived. No, I cannot think of the world using the tools of the past, to just accept an unrealistic reality. Today I am alive. I think, I walk and I continue. I suffer and my situation undoubtedly has nothing to do with you, but my whole body hurts. My tongue is bleeding, I'm bleeding every time I speak. I'm alive and I risk my life every moment. If everything is light, I will go towards the light. If everything is dust, I'll go to the end of the dust with thirst and desire.

I thought early on that the worst would be to wake up one day and realise that my life would have been lived by another.

Dear brother, this letter is written for me, while thinking of you.

Mounir Paris, 30 March 2009.