mounir fatmi
   
   
 


4.
 
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• The pretext
Le Ghetto est dans la tête, réponse à Frédéric Bouglé | The Ghetto is in your mind, response to Frédéric Bouglé
 


 

mounir fatmi, Fuck the Architect    

Frédéric Bouglé : Tu as, cher Mounir, bien que jeune, participé à de nombreuses manifestations internationales dans des musées, institutions et galeries, que ce soit à Amsterdam, Dubaï, Düsseldorf, Johannesburg, Londres, New York, Paris ou Tokyo. Un travail qui implique installation, détournement d’objets, sculpture, dessin, slogans écrits, typographie, photo, vidéo. Une œuvre marquée par une dimension esthétique réelle, certaines ornementées à la feuille d’or, avec, en soubassement, un contenu critique mordant. Celui-ci dénonce autant l’autorité patriarcale que celle plus sociale, plus voyante encore, de l’architecture des grandes cités internationales. D’ordinaire, les matériaux utilisés dans tes productions sont assez simples, des fils coaxiaux d’antenne TV (fils d’écriture symbolisant la puissance et l’efficacité des moyens de communication audiovisuels), des cassettes vidéo VHS ou même des barres d’obstacles équestres. Tu as aussi invité, pour un de tes projets, un représentant éminent du « Black Panthers Party ».
Alors oui, tes œuvres prennent parfois aussi des tournures étranges, un Rubik’s Cube deviendra un Ka’ba, casse-tête pour musulman modéré, et la matière des explosifs ceinturant sur une photo un pseudo-terroriste sera constituée de livres supposés subversifs. L’humour n’est donc pas hors de ton propos, ou du moins tient celui-ci à distance… L’architecture est aujourd’hui le sujet de cette exposition au centre d’art contemporain du Creux de l’enfer, à Thiers dans le Puy-de-Dôme. L’architecture fut de tout temps le plus beau symbole de l’humain et des civilisations. Certes, dans un passé moins immédiat, les monuments n’ont pu s’ériger sans une participation souvent abusive des populations, une démesure qui ne serait plus supportable de nos jours. Mais dans ce cas, les souffrances collectives se dissipent plus volontiers avec le temps, contrairement à des conflits autrement plus absurdes et cruels. Les grandes architectures conservent, encore en place ou non, une valeur emblématique forte. Ce sont des joyaux qui témoignent du savoir-faire culturel d’une époque, et qui valident aussi l’idée que l’on se faisait de la beauté. Aujourd’hui encore, en architecture peut-être seulement, la construction utopique subsiste ; et l’architecte, afin de concrétiser ses projets et ses ambitions, se tient au plus près des pouvoirs politiques ou financiers qui anticipent la modernité. Qu’on se souvienne du Corbusier et du dernier chapitre de son ouvrage rédigé en 1924, Vers une architecture, intitulé «Architecture ou révolution », et qui pose la question de l’idéologie moderne dans l’œuvre collective. Déjà au IIIe siècle av. J.-C., Philon de Byzance énumère les Sept Merveilles du monde qui correspondent aux œuvres d’art, architecture, statue, jardin suspendu, que les anciens trouvaient les plus remarquables. Cette classification reste aussi un précieux témoignage de l’unité du monde antique. Alors pourquoi Mounir, aujourd’hui, ce titre d’exposition quelque peu provocateur « Fuck Architects ». Un projet en trois chapitres dont l’exposition de Thiers en est le second, après celui de New York au Lombard-Freid Projects, et avant la Biennale de Bruxelles ou celle de La Havane à Cuba prochainement.

Mounir Fatmi : Je vais, cher Frédéric, essayer de répondre à ta question « pourquoi ce titre ? » sans trop me justifier du «pourquoi » de ce titre. Répondre à cette question, ce sera comme se jeter d’une fenêtre sans savoir à quel étage je me trouve.

1-The Architect

Il y a quelques années, je me suis retrouvé dans la même situation. Écrire un texte pour le catalogue « Next Flag » du Migros Museum où j’avais montré pour la première fois l’installation Obstacle.
Résultat de quatre années de recherche dans le quartier du Val-Fourré, banlieue de Paris. C’était évidemment avant les incidents du 27 octobre 2005, que la presse nationale et internationale a qualifiés de « révolte des banlieues » et comparés à Mai 68. Ne voulant surtout pas écrire sur l’architecture et les problèmes de banlieue, alors que mon installation Obstacle était directement inspirée de cette violence architecturale des années soixante et de son manque d’humanité, j’ai intitulé mon texte « Le prétexte ».

J’avais déjà ce malaise concernant cette architecture prétendument fonctionnelle des « cités radieuses », ces immeubles HLM loin des centre-villes. Avec ces quartiers ressemblant à des grandes salles d’embarquement d’aéroport où tout le monde attend le prochain départ. Où la violence du béton dépasse toute violence décrite par la presse pendant les émeutes. Tout le monde sait que depuis plusieurs années les pouvoirs publics ont essayé de remédier à ce «mal d’architecture», en médiatisant la destruction de plusieurs tours dans les quartiers sensibles. Mais le béton avait déjà contaminé les cerveaux, et malheureusement les barres et les obstacles se trouvent maintenant dans la tête. Le ghetto est dans le cerveau.

Oui, l’architecture ou la révolution, mais je ne pense pas que l’architecture puisse remplacer la révolution. L’architecture est une arme qui de tout temps a été maniée par la classe dominante de la société humaine. Je pense que par nécessité l’homme doit se révolter, c’est un besoin vital, mais se révolter ne veut pas dire brûler la crèche du quartier ou la voiture du voisin. Dans La Ville de demain, Le Corbusier déclare : « Je suis architecte, on ne me fera pas faire de politique. On ne révolutionne pas en révolutionnant. On révolutionne en solutionnant. » Parfait, je suis tout à fait d’accord, mais le résultat c’est que par la suite cela a mal abouti socialement. Malheureusement, cette attitude apolitique a véhiculé la croyance que l’architecture pouvait transformer les hommes et la société et résoudre leurs problèmes. Personnellement je ne pense pas que l’architecture sans révolution puisse être une solution. Je ne crois pas non plus que « le grand architecte de l’Univers » soit capable de nous proposer autre chose que des formes carrées pour nous faire tourner en rond, alors « Fuck Architects ».

Tout doit être déconstruit et revu. La révolution est une résistance, face aux grandes illusions, face à cet ordre du savoir instauré, face à tous ces dogmes dont il est impossible d’interroger les fondements.

C’est ça la vraie question : Que devrait être le réel ? On peut poser la même question à la religion : Que devrait être la religion ? Que devrait être la politique ? la philosophie ? Que devrait être l’économie? Que devrait être l’art… Tous ces éléments sont des outils fonctionnels dans notre vie, le problème n’est pas là. Bien entendu que tout ça sert. Mais ça sert à quoi ? Je pense que tous ces outils viennent de la même boîte et qu’ils ont la même mission, faire fonctionner la machine. Peut-être après tout sommes-nous tous entrés dans « l’illusion » en ne faisant même plus la distinction entre un film catastrophe et les attentats du
11 septembre 2001.

Alors, comment faire pour être à « l’extérieur » du temps pour comprendre ce qui se passe juste là devant mes yeux. Si tout est illusion, si tout est à déconstruire, la politique, la religion, l’économie, la science, l’amour, l’art…comment continuer à créer des oeuvres qui ne sont finalement que la représentation de ces mêmes concepts. J’ai l’impression de voir des étoiles mortes depuis longtemps, qui brillent encore dans le ciel, et de continuer à croire en leur existence. Oui j’ai oublié, on m’a appris que l’art ne propose pas de solutions, mais j’ai peur qu’il arrête de poser des problèmes. Tout ce qui peut m’horrifier ne m’horrifie déjà plus, tout ce qui peut me choquer ne me choque plus, tout ce qui doit me faire peur ne m’effraye plus. Je suis devenu comme un insecte qui a absorbé tellement d’insecticide que cela le rend insensible au poison. Parfois, je suis même en demande de ce poison et de son effet hallucinogène.

2- Fuck Architects

« Fuck Architects », titre « impubliable » selon le New York Times, m’a valu d’être insulté dans le même journal pour avoir abusé de l'hospitalité d'une respectable galerie new-yorkaise et l’avoir utilisée pour injurier l’ensemble des architectes. Il faut dire aussi qu’une semaine avant mon vernissage, mon galeriste m’avait averti, en me proposant gentiment de changer le titre de l’exposition et d’utiliser juste « The Architect » par crainte de choquer les âmes sensibles du petit milieu des médias et du monde de l’art. Ma réponse était plutôt une question : « Y a-t-il encore quelque chose qui peut choquer aujourd’hui?» Visiblement oui. La vision d’un architecte « niqué » par un artiste. Je ne suis pas provocateur, même si cela m’arrive d’utiliser la provocation comme un élément alphabétique pour écrire, penser et continuer. Rien n’est jamais gratuit dans mon travail, ou presque.

La vraie question que j’essaie de développer dans ce projet de livre/ exposition en trois chapitres, c’est « comment déconstruire, pour reprendre ce thème cher à Derrida, cette image de l’architecte et poser la question du réel face à cette grande illusion du temps contemporain»?
Si j’ai utilisé la «déconstruction » comme outil de travail, il a fallu prendre le concept en général de l’architecte comme « constructeur ».
Utiliser le texte comme matière de construction, et l’architecture comme élément d’écriture.

J’avais déjà expérimenté cette notion pendant mon travail sur le projet « Save Manhattan 01 », où j’avais utilisé des livres publiés après le 11 septembre pour la construction d’une maquette du quartier de Manhattan.
Les destructeurs ont fini, les constructeurs recommencent. La pensée construit l’architecture, et la destruction de cette même architecture donne matière à réflexion. La boucle est bouclée. Le hasard a fait aussi qu’une image de l’installation Save Manhattan se retrouve en couverture du livre Bienvenue dans le désert du réel, du philosophe Slavoj Zizek, qui traite du même sujet du « réel » après la catastrophe du 11 septembre. Le réel, oui, c’est de ça qu’il s’agit dans le projet « Fuck Architects ». Il faut enlever le bouclier, le gilet pare-balles, et affronter cette réalité telle qu’elle est. Je pense à travers des schémas qu’on m’a appris. Et tant que je ne peux pas arrêter de penser, remettre ma pensée au point zéro, je n’avancerai pas. Il faut déconstruire « la machine », sortir et se placer le plus possible à l’extérieur, refuser toute pyramide de valeur. Il faut provoquer l’accident, mettre le temps en retard. Ce que je veux dire, c’est que nous nous trouvons devant une espèce d’économie non stop qui finit par créer des distorsions de toutes parts. Parce qu’il faut absolument produire quelque chose, alors on s’invente de faux sujets, des thèmes vains et des concepts, tout cela pour que la machine « tourne », même à vide. Je me demande même si on n’est pas allé au bout de la métaphore, au bout de la fascination de cette «machine ». Si on ne peut plus s’arrêter, c’est qu’on stagne. C’est dans cette stagnation qu’on se donne l’impression d’une hypervitesse. Alors qu’en réalité, rien ne bouge. Rien ne change.

Oui, j’ai besoin d’un point mort, de créer une brèche dans le temps pour pouvoir l’arrêter. Juste le temps nécessaire de voir le réel éclabousser « l’illusion » et goûter à ma propre réalité. J’ai besoin de creuser jusqu’au point de tout retourner, jusqu’aux fondations, et de montrer que les structures elles-mêmes reposent sur des défaillances. Oui, je ne peux plus penser le monde avec des outils actuels et dans le seul but de produire une oeuvre. Ma paranoïa artistique me pousse à croire que finalement je ne fais que tourner dans la «machine », et manifester ce que « le grand architecte » m’autorise à dire, à faire et à créer. C’est à partir de là que j’ai commencé ma déconstruction. Le projet « Fuck Architects » est un chantier de travail, un terrain de déconstruction-construction sans aucun plan d’architecture, et surtout sans aucun texte du « grand architecte ».

1. Hannes Meyer, architecte et directeur du Bauhaus entre 1928 et 1930.
2. Maurice Torfs , la revue de l’efficience n° 204 d’octobre 1945.
3. Entretien avec Michèle Cohen Hadria,
le 3 septembre 2006, à Paris.

 

 

 

Frédéric Bouglé: You have, dear Mounir, as young as you are, taken part in many international exhibitions in museums, institutions, and galleries, from Amsterdam, Dubai, Düsseldorf, Johannesburg, London, New York, Paris to Tokyo. Your work includes installations, found objects, sculpture, drawing, slogans and writings, typography, photo and video. Yours is a work characterized by a true aesthetic value. Elements of beauty exist, but only with an underbelly of biting critical commentary that may denounce the patriarchal authority as much as the social dominance demonstrated in the urban architecture of major international cities. Generally, the materials employed in you production are quite simple: coaxial television cable, (the copper wire scribe symbolizing the power and efficiency of audio-visual communications), VHS video cassettes, and even horse jumping obstacles. You even once invited a member of the Black Panthers to participate on a project.
So, I think we can say that your work can sometimes take on intriguing transformations; a Rubik's Cube becomes a Ka'aba- a brain teaser for moderate Muslims, or the photographs showing a person, a “pseudo-terrorist,” standing with a belt of “explosives,” that are in fact layers of so-called subversive books that have been strapped to their waist. There is a dark humor to your work, a humor that is perhaps kept at a distance... Today, architecture is the subject of your exhibition in Thiers, at the Creux de l'enfer. Architecture has always been a great symbol of humanity and civilization. Certainly the great constructions of the past were built through an abuse of power and of population, to an excess that would not be imaginable today. The collective suffering involved dissipated over time, as opposed to conflicts otherwise more absurd and cruel. The grand architectures of history, whether still in existence or not, have a strong, emblematic value. They are reflections on the cultural knowledge of a certain period, of a singular understanding of beauty. Today, within the field of architecture, we may once again find attempts towards an “utopist” construction. As such, we see the architect, in order to give shape to projects and ambitions, holding close to the political powers and financial strongholds who seek to develop future modernity. It is here that we should remember Corbusier, who in the final chapter of his 1924 work entitled, "Architecture or Revolution," posed the question of modern ideology in collective work. Or, In the 13th century B.C, Philon  (Bycance), listed the seven wonders of the world that corresponded to works of art, architecture, statues and suspended gardens, which were considered to be the most remarkable. These classifications remains a precious testimony to the unity of the ancient world. So why, Mounir, in today's world, this somewhat provocative title, "Fuck Architects," which is a project in three chapters, the second of which is on view in Thiers, following the New York exhibition in 2007 at Lombard-Freid Projects, and before the Brussels or Havana Biennale?

Mounir Fatmi: I shall, dear Frédéric, try to answer your question, "why this title," without trying to justify the "why" in your question because answering that would be to throw oneself out of a window without knowing on which floor you are on.

1-The Architect

A few years ago I found myself in a similar situation while writing a text for the catalogue "Next Flag," at the Migros Museum, Switzerland, where I had first exhibited the installation titled, "Obstacles." This work was the result of four years of research in the Paris suburb of Val-Fourré, before the events of October 27th, 2005, which French and international press called an "urban revolt," and which was compared to the uprisings of May 1968. I didn’t want to write about architecture and the problems of the suburbs, even though the work "Obstacles" was directly inspired by the architectural violence of a 1960s inspired urban policy and its lack of humanity. So I decided to call my text, "the Pretext."

I was already uneasy about the supposedly functional architecture of the Corbusian  "Cités radieuses", the social housing complexes set far from town centers, in neighborhoods that looked and felt like vast airport check-in areas where everyone awaits the next flight, and where the violence of concrete is more savage than anything described by the press during the riots. It is well known that public authorities have tried to find a cure for this "archi-sickness," as evidenced in the destruction of several towers in particularly sensitive neighborhoods. But concrete has already contaminated the skull, and unfortunately barriers and obstacles are now ingrained in people's minds. Ghettoes are in the brain. I agree with the term architecture or revolution, but I don't think architecture replaces revolution. Architecture is itself a weapon that has always been wielded by dominant social classes in society. I think, by necessity, mankind must revolt. It is vital, but revolt does not mean burning the local nursery school or the neighbor’s car. In "la Ville de demain," Le Corbusier declared: "I am an architect, I won't be politicized to politicize. One doesn't revolutionize by revolutionizing. One revolutions by finding solutions." Perfect, I quite agree, the problem is that the result turned out badly. Unfortunately, this apolitical attitude transmits a belief that architecture can change mankind, society, and resolve their problems.

Personally, I don't think that architecture without a revolution can be a solution. I don't think either that "The Architect of The Universe," is able to offer anything other than square shapes to keep us turning round, so: "Fuck Architects."
Everything needs to be deconstructed and rewritten. Revolution is resistance, faced with great illusions, faced with this monopoly of knowledge, faced with all of these dogmas of which it is impossible to question the foundations. That is the real question: What should be real? The same question could be asked of religion: What should religion be? Which policy? What kind of economy? What kind of art... All these elements are functional tools in our lives, but the problem isn't there. Of course everything is useful, but for what? I think that all these tools come from the same box and have the same function, to keep the machine working.  Maybe after all, we have entered into the "illusion" by not being able to make a distinction between a disaster film and the September 11th terrorist bombings.

So, how does one step out of time just enough to understand what is happening right now in front of their eyes? If everything is illusion, if everything is to be rebuilt: politics, religion, economics, science, love, art... how can one continue to create work that doesn’t just represent these very same concepts? I have the impression of seeing brilliant suns, long since dead, but I continue to believe in their existence.  Of course, I am forgetting that I was taught that art does not provide solutions. But now I am afraid that it stops making problems. All that could horrify me doesn't horrify me any longer, all that could shock me doesn't shock me any more, all that ought to scare me doesn't scare me anymore. I have become like an insect that has absorbed so much insecticide that it has become immune to its poison. Sometimes I too need this poison and its hallucinogenic effects.

2- Fuck Architects

"Fuck Architects," an "un-publishable" title according to The New York Times (November 16, 2007), led me to be insulted in the same newspaper article for having "abused" the hospitality of a New York gallery, and for having used it to slander all architects. I should say that one-week before the gallery opening, my gallerist warned me of potential problems and kindly suggested that I change the exhibition title to "The Architect," for fear of shocking the sensitive souls in the rather small network of media and the art world. My response was more of a question: "Is there anything left in the world today that can shock?" Apparently there is: the vision of an architect fucked by an artist. I am not provocative, even if I sometimes use provocation as an alphabetic glyph to help me write, to think and to move on. Nothing is a given in my work, or almost nothing.

The real question that I am trying to develop in this book project, this exhibition in three chapters, is how to "deconstruct," a question so dear to Jacques Derrida, this image of an architect, and to ask the question of what is real confronted with the great illusion of contemporary times?

If I have employed "deconstruction" as a tool, the general notion of "architect" should be understand as meaning "construction." Employing text as a construction material, and architecture as an element of writing. I had already experimented with this idea during my work on the project "Save Manhattan 01," for which I used books published after the 11th September for the construction of a model of the Manhattan district; The destroyers have finished, the constructors begin again. Thought constructs architecture, and the destruction of this same architecture gives matter for thought. Chance has also led to an image of the installation Save Manhattan being found on the French cover of the book, "Welcome to the Desert of the Real: Five Essays on September 11 and Related Dates," by Slavoj Zizek, who investigates the same subject of real in the aftermath of the 11th September disaster.

Reality, yes, that is what the project "Fuck Architects" is about. Lower the guard, the shields, the bullet-proof vests, and affront reality as it is. I am through with schemes of thought that I have already been taught, and as long as I can't stop thinking, bringing my thoughts back to level zero, I won't be able to move forward.
The "machine" must be taken apart. One must get outside as far as possible, refusing any pyramidal value. One must provoke an accident and delay time. What I mean is that we exist in a kind of non-stop economy that ends up creating distortions here and there. Because one must absolutely produce something, so we invent false subjects, vain themes and empty concepts, all so that the machine "works," even if empty.

I even wonder at times if one has not exhausted the metaphor, exhausted the fascination in this "machine." If one cannot stop anymore, it is because one stagnates. It is in this stagnation that one has the impression of hyper-speed. While in reality, nothing moves. Nothing changes. Yes, I need a dead end, a breach in time in order to stop it; Just enough time to see reality explode the "illusion," and to taste my own reality. I need to dig everything up, right down to the foundations, and to show that the structures themselves lie on faults. Yes, I can no longer consider the world with current tools and in the unique objectivity of producing a work. My artistic paranoia drives me to thinking that finally I only work inside the "machine," and that I only express what the "Great Architect" allows me to say, to do, to create. It is from this point that I began my deconstruction. The project “Fuck Architecture” is a building site, a zone of deconstruction-construction without any architectural plans, and above all, without any text from "The Great Architect."

March 2008

1-Hannes Meyer, architect and directeur of Bauhaus 1928 and 1930
2- Maurice Torfs , la revue de l’efficience N°204 October 1945
3- Interview with Michèle Cohen Hadria, 3rd September 2006,  Paris