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68. Autopsia | Autopsia
 
  • 2019, table d'autopsie et cables d'antenne blanches et noires.
    Exhibition view from The Process, Wilde Gallery, 2019, Geneva.
    Courtesy of the artist and Wilde Gallery, Geneva.

 




L'installation « Autopsia » livre aux regards du spectateur un réseau complexe de câbles d'antenne noirs et blancs rassemblés en sections larges, décrivant de multiples boucles qui s'emmêlent les unes aux autres et se répandent sur une table d'autopsie métallique, jusqu'au sol. « Autopsia » parle avant tout de la mort. La fin d’un cycle. Elle explore l'organisation des sociétés contemporaines, fondée sur le progrès des techniques de communication et de mise en circulation des informations et des images. Elle évoque ses origines et son devenir et pose la question du rapport de l'individu à un tel environnement.

Le titre de l'œuvre annonce le projet d'un examen à la fois scientifique et artistique. L'installation se propose en effet comme une approche médicale et esthétique du corps social. Le câble d'antenne y apparaît comme matériau plastique mettant en branle la sensibilité et l'imagination du spectateur et comme objet se soumettant à l'observation rigoureuse d'un possible expert et anatomiste des nouvelles technologies de l'information et de la communication, pratiquant un examen physiologique et effectuant un travail de dissection.

Le câble coaxial, matériau récurrent des œuvres de mounir fatmi, fait partie de ces "médias-morts" (expression empruntée à l'écrivain de science-fiction Bruce Sterling) à partir desquels l’artiste mène des recherches regroupées sous le terme d'archéologie des médias. « Autopsia » renvoie à d'autres de ses oeuvres, menant leur exploration de thèmes similaires et employant cassettes VHS, photocopieurs xérographiques, machines à écrire ou autres. L'archéologie des médias menée ici, explore l'histoire des sociétés en prenant en compte leurs fondements matériels, intellectuels ou économiques.

L'installation allie structure et sensibilité. Elle pointe les effets concrets de la mise en circulation des informations et de l'emploi des nouvelles technologies. Elle révèle le conditionnement cognitif et intellectuel induit par le pouvoir des images. Elle rend compte de la complexité du réel et d'une forme de technicité qui mène à la perte de contrôle et à la déshumanisation. « Autopsia » met en évidence le paradoxe d'une société obsédée par l’information et la dématérialisation, où celle-ci, pour y parvenir, a recours a des objets aux masses et aux dimensions bien réelles, au coût énergétique et environnemental toujours plus élevés. Par son titre, « autopsie », l'installation exprime le défi lancé à l'humanité et la nécessité pour l'individu de voir et comprendre par soi-même. Elle invite à refuser la passivité à laquelle semble parfois nous convier les nouvelles technologies, et appelle à la vigilance.

L'installation est donc affaire de réflexion et enquête : au sujet d'un crime peut-être, lié à notre fascination pour la technologie. A moins qu'il ne s'agisse du résultat d’un rite sacrificiel masqué sous les apparences d'une technologie désincarnée - culte rendu à l'image, devant laquelle l'individu se prosterne? L'étrangeté d’« Autopsia » se présente comme une énigme à élucider, énigme qui touche à la nature du monde que nous voyons apparaître et aux possibilités pour l'humain d'y vivre. L'exploration viscérale mise en scène relève à la fois de la volonté d'éclaircir méthodiquement notre histoire contemporaine, et de l'haruspicine, tentative pour appréhender le phénomène dans sa dimension symbolique et envisager l'avenir de nos sociétés.

 

Studio Fatmi, Avril 2019.

 

 

 

The installation Autopsia presents the viewer with a complex network of black and white antenna cables grouped together into large bunches and forming numerous intertwined loops that spread onto a metallic autopsy table and to the ground. Before anything else, Autopsia is about death. The end of a cycle. It explores the organization of contemporary societies founded on the progress of communication technologies for the circulation of information and images. It’s about their origin and their future and poses the question of the relationship of individuals to such an environment.

The title of the piece announces the wish to examine these questions from both a scientific and artistic perspective. As such, the installation constitutes a medical and aesthetic approach of the social body. Antenna cables are seen here as a plastic material that triggers the viewer’s sensitivity and imagination as well as an object that is subject to the rigorous observation of a potential expert and anatomist of modern information and communication technologies practicing a physiological examination and performing a dissection.

Coaxial cables, a recurrent material in mounir fatmi’s work, is part of the “dead media” (an expression borrowed from science fiction writer Bruce Sterling) based on which the artist conducts a series of research projects gathered under the term “archeology of the media”. Autopsia is related to other works of his that explore similar subjects using VHS tapes, photocopy machines, typewriters and such. The archeology of the media conducted here explores the history of societies by taking into account their material, intellectual and economical foundations.

The installation combines structure and sensitivity. It highlights the concrete effects of the circulation of information and of the use of modern technologies. It reveals the cognitive and intellectual conditioning the power of images entails. It relates the complexity of reality and the reign of technology leading to loss of control and de-humanization. Autopsia underlines the paradox of a society that is obsessed with information and dematerialization, but that uses to that end objects whose weight and size are very real and carry an ever-increasing energetic and environmental cost. Through its title, “autopsy”, the installation expresses the challenge humanity is faced with and the necessity for individuals to see and understand for themselves. It invites us to refuse the passivity to which modern technologies seem to encourage us, and calls for vigilance.

The installation is therefore about reflection, but also about an inquiry: about a crime perhaps, related to our fascination with technology. Unless it’s the result of a sacrificial rite dissimulated behind the appearance of a disincarnated technology – a cult to images, to which the individual bows down? The strangeness of Autopsia resembles an enigma to solve, an enigma related to the nature of the world appearing before us and to the possibility for humans to live in it. The visceral exploration showcased here is both about the will to methodically shed light upon our contemporary history and about haruspicy, an attempt to apprehend the phenomenon in its symbolic dimension and consider the future of our societies.

 

 

Studio Fatmi, April 2019.