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10. Le Père | The Father
 
  • 2014-2015, collage of prayer rugs on canvas, 157 x 203 cm.

 




Le Père, un collage de grande taille par Mounir Fami, ne traite pas de la difficulté des relations père-fils. Au lieu de cela, l’image de cet immense personnage de Transformers, un mutant mi-homme, mi-robot qui peut être aussi bien destructeur qu’héroïque, soulève des questionnements sur l’identité, le pouvoir, la peur, la technologie, la destruction et la renaissance.

Le Père s’intègre dans une série d’œuvres intitulée Les tapis du père pour laquelle des tapis de prière islamiques sont découpés puis recousus pour créer de nouvelles compositions allant de la pure abstraction à des construction linéaires faisant référence à de grands mouvements d’art moderne ou à des questions politiques actuelles. Des morceaux de tapis colorés, fragments de motifs et d’imageries religieuses, sont savamment assemblés pour créer un jeu visuel de textures, de couleurs et de formes.

Debout dans un champ de vert moucheté de taches dorées, ce personnage de Transformers émerge d’un fond tortueux et chaotique composé de formes mouvantes et tourbillonnantes. Comme dans une peinture cubiste, c’est presque comme s’il prenait naissance dans le contexte géométrique et mécanique derrière lui. Il pose, recouvert de morceaux d’armure rutilants, avec de grandes bottes et un casque, une arme à ses côtés.

Au centre de son armure, on voit une petite image de la Kaaba, la pierre carrée noire qui est un site islamique sacré à La Mecque. Est-ce que ce symbole est là pour servir de protection ou est-ce que c’est ce qui fait de lui un destructeur? Le carré noir de la Kaaba est un symbole récurrent dans de nombreuses œuvres de Fatmi, dans lesquelles il repousse les limites de la représentation et du contexte et aiguillonne des conventions tenaces et trop souvent acceptées sans remise en question.

Fatmi relie souvent son travail avec des mouvements d’art moderne comme le suprématisme ou DaDa, et d’une certaine façon, Le Père est le fantasme incarné des futuristes italiens qui croyaient au pouvoir de la machine et à la perfection de l’Homme. Mais Le Père semble plutôt ancré dans nos fantasmes de super héros d’aujourd’hui tels qu’Iron Man et, bien sûr, la série des films Transformers. Et puis il y aussi Frankenstein.

Mais comme nous le savons, ces fantasmes technologiques recèlent des accents de peur, de destruction, de contrôle. Le rêve futuriste s’est brisé sur la brutale réalité de la Première Guerre mondiale, Iron Man est un personnage créé à l’origine pour exploiter les thématiques de Guerre froide que sont l’espionnage et la guerre nucléaire. Nous ne pouvons savoir si Le Père est venu pour nous protéger ou s’il émerge de la bataille avec l’intention de nous soumettre. On pourrait dire la même chose de nombreux politiciens actuels partout dans le monde. Pourvoyeurs de peur, prosélytes de la rédemption et d’une grandeur passée, est-ce que ces « leaders » sont vraiment là pour rendre la société meilleure, ou veulent-ils simplement la modeler selon leur vision?


Blaire Dessent, mai 2016.

Traduit de l'anglais par Patrick Haour.


 

 

 

The Father (Le Pére in French), a massive collage by Mounir Fatmi, has little to do with difficult father-son relationships. Rather, the image of this gigantic transformer figure, a man-robot mutation that can be as destructive as it can be heroic, confronts ideas about identity, power, fear, technology, destruction and rebirth.

The Father is part of the ongoing series of work titled Father’s Carpets, in which Muslim prayer rugs are cut-up and then sewn into new compositions that range from pure abstraction to linear constructions that make reference to iconic modernist art movements or current political issues. Pieces of colored carpet, fragments of patterns, motifs and religious imagery are skillfully sewn up creating a textured and visual play of color, shape and line.

Standing on a field of dark green, dotted with flecks of gold, the transformer figure emerges out of a twisting and chaotic background of moving shapes and swirling forms. Like a cubist painting, it is almost as if he is takes form out of the geometric and mechanistic scene behind him. He poses, covered in vibrant patches of armor, with large boots and helmet, weapon at his side.

In the center of his armor is a small image of the Kaaba, the black square that serves as a holy site for Muslims in Mecca. Is this symbol to serve as a protection or is it what makes him destructive? The black square of the Kaaba is a recurring symbol in many of Fatmi’s works, in which he pushes boundaries of representation and context, and pokes at ingrained conventions too often accepted without question.

Fatmi often makes connections in his work to early modernist movements including Suprematism and Dada, and in many ways, The Father is the fully realized fantasy of the Italian Futurists who believed in the power of the machine and the perfection of man. But The Father seems more related to our current superhero fantasies, like Iron Man and most closely to the actual Transformers series. And of course there is always Frankenstein.

But as we know, these technological fantasies have underlying currents of fear, destruction, control. The Futurist dream was shattered by the brutal realities of WWI, Iron Man was a character originally created to explore Cold War themes of spying and nuclear war. We cannot know whether The Father has arrived to protect us or has emerged from a battle with intent to take us over. This could be said about a lot of current global politics as well. Laden with fear, proselytizing redemption and greatness, are these “leaders” truly in it to make society better or mold it into their own vision?

Blaire Dessent, May 2016.