mounir fatmi
   
   
 
5.
 
Critics
 
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Interviews
 
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• Michèle Cohen Hadria
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Heba Mostafa
The lost Springs
 
  • March 2017, 3 brooms of 3 meters high, 22 flags of the Arab League, 300 x 405 x 40 cm.
    State of the World, H&R Block Artspace, Kansas City

Simultaneously looking to past and future, Lost Springs

potency lies in the subtlety of its implied

prophetic nature


Heba Mostafa, 2017.
 

Les Printemps perdus de Mounir Fatmi représentent 22 drapeaux neufs des pays membres de la Ligue arabe rassemblés les uns contre les autres. Mais cette première impression trompeuse d’une banale collection de drapeaux s’effondre lorsque les signaux se font voir. Dans un contraste saisissant avec une vision des drapeaux volant au vent devant le siège de la Ligue arabe au Caire, les drapeaux piteux des Printemps perdus pendent sans vie devant un mur nu, comme s’ils portaient la double déception des espoirs brisés des manifestants du Printemps arabe et des rêves déchus de l’unité panarabe des années 1950-60. Placés à part pour faire l’objet d’un traitement particulier, les drapeaux de la Tunisie, de l’Egypte et de la Libye, qui ont su déchoir leurs chefs d’état lors du Printemps arabe de 2010-2011. Ces drapeaux semblent accrochés à des hampes, mais ce sont en réalité des manches à balai, évocation humoristique du « nettoyage de printemps politique » du Printemps arabe et du balayage des détritus en préparation de la purification, du renouveau et de la renaissance. Positionnés comme s’ils étaient en pleine action, les balais et leur banalité quotidienne contrastent fortement avec les hautes aspirations des manifestants du Printemps arabe, et pourtant ils rappellent aussi d’une certaine façon leurs tactiques basées sur l’improvisation et leurs cris de ralliement pour revendiquer des droits fondamentaux : « Pain ! Liberté ! Justice sociale ! » Le titre de l’œuvre, les Printemps perdus, évoque un manque fraîcheur, comme si le printemps était à la fois perdu au sens conventionnel, mais aussi en manque de vitalité.

La puissance de cette installation réside dans sa combinaison de subversion et d’évolution. Exposés pour la première fois en 2011 à la Biennale de Venise, les drapeaux ont depuis été réordonnés à chaque exposition, un manche à balai ayant été ajouté au drapeau libyen, faisant de l’œuvre à la fois un commentaire politique et un présage inquiétant. Un rappel du passé agité de la Ligue arabe imprègne également cette installation : ses pays fondateurs, l’Egypte et l’Irak, ont déchu leurs rois en 1945, passant du statut de monarchies à celui de républiques entre 1945 et 1960, et ce sont ces mêmes nations qui ont refaçonné le paysage politique en 2010 et par la suite. Les Printemps perdus agit aussi comme une critique des décisions controversées de la Ligue arabe concernant la suspension de certains états membres en 2010-2011, notamment la suspension de la Syrie et de la Libye suite aux soulèvements de 2011 et les difficultés qui ont suivi pour redevenir membres, particulièrement pour la Syrie, avec un drapeau modifié pour représenter l’opposition.

Regardant simultanément vers le passé et l’avenir, la force des Printemps perdus réside dans la subtilité de sa nature prophétique sous-entendue, en tant qu’installation changeante prédisant des possibilités futures simplement à travers la modification de l’agencement des drapeaux dans un acte comparable à de la sorcellerie. Mais l’artiste opère ici aussi en tant qu’oracle, peut-être même comme un prophète biblique, prédisant à la fois les triomphes imminents et la possibilité d’une défaite écrasante. Avec sa disposition évolutive, l’installation se joue de nos certitudes en questionnant la stabilité même de la prédiction politique et la volatilité inhérente au statu quo – une qualité qui a pu contribuer à la censure de cette œuvre à Art Dubai en 2011. Les préoccupations actuelles concernant les implications graves de l’application de sanctions internationales à des pays arabes rendent le travail de Fatmi éminemment pertinent en tant que rappel cinglant des nombreux défis auxquels le monde arabe est confronté.

 

Heba Mostafa

Professeur assistant d’art, d’architecture et d’urbanisme islamique

Université du Kansas, Lawrence

 

Mounir Fatmi’s The Lost Springs represents the 22 pristine flags of the Arab League member states, clustered in close formation. Yet this unassuming first impression of a seemingly benign collection of flags begins to collapse as the signals unfold. In a poignant reversal of the sight of fluttering flags outside the Arab League headquarters in Cairo, Lost Spring‘s crestfallen flags hang dejectedly against a bare wall as if to convey the disappointment of both the dashed hopes of the protestors of the Arab Spring and the broken dreams of 1950-60s Pan Arab unity. Singled out for special treatment are the flags of Tunisia, Egypt and Libya, which ousted their leaders in the Arab Spring in 2010-11. These flags hang from what appear at first glance to be flagpoles but are in fact broomsticks, playfully evoking the “political spring cleaning” of the Arab Spring and the sweeping of detritus while foregrounding cleansing, renewal and rebirth. Positioned as if mid-sweeping, the quotidian brooms contrast sharply with the lofty aspirations of the Arab Spring protesters yet somehow also echo both their improvised tactics and rallying calls for basic rights: “Bread! Freedom! Social Justice!” The original French title of this work: “Les Printemps Perdus” implies staleness, thus spring is both lost in the conventional sense but also lacking in freshness and vitality.  

The potency of this installation lies in its combination of subversion and evolution. First displayed in 2011 at the Venice Biennale, the flags have since been re-ordered with each display with a broomstick added to the Libyan flag, thus acting simultaneously as ongoing political commentary and ominous warning. Embedded within this installation is also a reminder of the Arab Leagues’ troubled past: for just as the founding nation states of Egypt and Iraq in 1945 ousted their kings, turning from monarchies to republics between 1945 and 1960, so too would these nations reshape the political landscape in 2010 and beyond. The Lost Springs further acts as commentary on the Arab League’s controversial decisions related to member states’ suspension or intermittently frozen membership in 2010-11, such as Syria and Libya’s suspension following the uprisings in 2011 and the subsequent challenges to re-admittance, particularly of Syria under an altered flag representing the opposition.  

Simultaneously looking to past and future, Lost Springs potency lies in the subtlety of its implied prophetic nature as a shifting installation predicting future possibilities with the simple re-ordering of flags in an act akin to witchcraft or sorcery. Yet the artist operates here also as oracle, or perhaps even biblical prophet, forecasting both impending triumphs alongside the possibility of crushing defeat. With its ongoing display it further toys with our hubristic sense of certainty by questioning the very stability of political prediction and the inherent volatility of the status quo; a quality which may have contributed to the censoring of this work at Art Dubai in 2011. Current preoccupation with the serious implications of inclusion and exclusion of Arab countries in global sanctions, entry bans or otherwise, renders Fatmi’s work highly relevant as a stark reminder of the many challenges facing the Arab world.

 

 

 

 

Heba Mostafa


Assistant Professor Islamic Art, Architecture, and Urbanism


University of Kansas, Lawrence