mounir fatmi
   
   
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54. D'où vient le vent | From where comes the wind
 
  • 2017, France, 13'16'' min, HD, Color, stereo
    Courtesy of the artist and Art Front Gallery, Tokyo.

 




 D’où vient le vent qui pousse les hommes à migrer ? D’où vient-il, et où les pousse-t-ils, du monde arabe au Japon, de la France à New York ?
 
La plupart des images de ce film ont été tournées en 2013 entre Marseille, New-York et Paris, dans le cadre du projet de fatmi intitulé « Le voyage de Levi Strauss ». Mais plus que le voyage lui-même, c’est son impossibilité à laquelle fatmi s’intéresse. Le « Camargue » semble revenir au port sans avoir vraiment voyagé et seule la musique traditionnelle marocaine nous emmène au loin, une musique qui chante le départ... Une musique enregistrée par Paul Bowles, le même Bowles dont la solitude habite la vidéo Fragments et Solitude, réalisée 18 ans plus tôt.
 
Le voyage impossible? Le déplacement, des marchandises (certaines parties de D’où vient le vent évoquent immédiatement le film d’Allan Sekula, The Forgotten Space) comme des individus, un déplacement sans fin. Un déplacement que fatmi ressent dans sa chair, comme un perpétuel échec, lui qui se définit comme « travailleur immigré » autant que comme artiste. Un travailleur immigré qui n’aurait jamais su, comme l’écrit Tarek Elhaik avec finesse en 2002 déjà (Framework, vol. 43), ni abandonner sa culture première ni s’en construire une nouvelle après avoir fait tabula rasa du passé.
 
fatmi veut tout – tous les liens, toutes les greffes, tous les mondes. Passés, futurs, réels et virtuels. D’où vient le vent procède de ce désir et de sa frustration. fatmi rêve et se laisse prendre, comme rarement, par un romantisme qui le conduit à nous faire entendre, alors que la couleur rouge qui lui est chère depuis longtemps envahit peu à peu le monde, le Requiem de Fauré composé peu de temps après la mort des parents du compositeur. Dans Fragments et Solitude, fatmi filmait encore ses parents. Dans D’où vient le vent, « le rouge », pour fatmi, « est la couleur de l’unique personnage, celui qui danse. La femme, la mère, celle qui a donné naissance. C’est encore une fois une danse avec la mort, comme dans la vidéo NADA. Le rouge est aussi la couleur du port de Casablanca la nuit, comme du port de Tanger. Le rouge est aussi celui du soleil, qui donne tout et qui ne demande rien, selon Georges Bataille. »
 
« La couleur rouge, dit encore fatmi, revient souvent dans mes vidéos. À un moment, pendant le montage, elle s’impose, comme pour faire mentir les autres images. Comme une chambre de laboratoire photo, la couleur rouge révèle ce que nous ne voyons pas dans le noir. »
 
Les échos avec d’autre œuvres vidéo de l’artiste se multiplient. Comme dans Les Ciseaux, on voit les arbres, et dans les arbres, le vent. On entend le vent et on se demande, oui, d’où vient le vent ? Comme si la rêverie, chez mounir fatmi, le conduisait – nous conduisait – dans des paysages mentaux inexplorés, une végétation profonde venue on ne sait d’où, mais indubitablement enracinée dans l’imaginaire de l’artiste, quand bien même elle n’est représentée que dans quelques vidéos dans lesquelles l’artiste nous ouvre, peut-être sans même s’en rendre compte, un ailleurs intime et poétique, un désir enfoui – la forêt de Fragments et Solitude.
 
Et encore, et enfin, le bleu du ciel, comme une ouverture dans l’œuvre de fatmi. Le bleu, rarement représenté, tout comme la végétation, dans l’œuvre de fatmi, même si c’est sur ce bleu aussi que se profilent Les Egarés. Mais dans D’où vient le vent, le ciel n’est pas un décor, il n’est pas là parce qu’il est là toujours – non, ici il est entier, construit, il contient tout le reste, il contient tout le rêve. Le bleu du ciel et le temps volé.
 
 
Barbara Polla, Mai 2018.