mounir fatmi
   
   
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10. Connexion 12 : Rouge connexiondownload PDF | Connection 12 : Red connection
 

The connections emerge as an open system of rootless multiplicities, connected to each other on a non-organic horizontal plane (a Deleuzian plateau) which in the end presupposes transcendence as much as substance.

Marie Deparis, 2007
2013, books, connection cables, pedestal, plexiglass, 156 x 45 x 45 cm, sticker.
Exhbition view of 21st century Silk Highway, Yallay Art Space, 2013, Hong Kong
Courtesy of the artist and Ceysson & Bénétière, Paris.
Private collection, People's Republic of China.
 




Le souci du lien, de la mise en relation, du réseau est au cœur du travail de mounir fatmi depuis sa genèse, dans des approches plastiques et conceptuelles variables. A partir de 2004, il entreprend une nouvelle configuration de cette réflexion, en relation intime avec celle qu’il mène sur la valeur du savoir, dans cette invention poétique que sont Les connexions. Comme la plupart des propositions de l’artiste, celle-ci se constitue dans une stratification de sens se déployant autour d’axes majeurs : esthétique, éthique, culturel, politique, existentiel.

L’installation, s’offrant de prime abord comme un fouillis déroutant de livres reliés entre eux par des câbles de connexion et des pinces, révèle pourtant un souci de la composition et de la couleur. Entre le réseau de fils multicolores, et les livres dans leur condition d’objets, choisis aussi pour le graphisme de leur couverture, leur volume physique, se dessine quelque chose comme un plan architectural visuellement et esthétiquement dense.

Puis très vite, l’attention est attirée par le titre et, au-delà, par le contenu, connu ou supposé, des ouvrages que l’artiste a choisi de connecter entre eux. Le hasard n’a guère ici sa place, chaque livre est délibérément connecté à un autre pour créer un rapport de sens, par opposition, réaction, glissement sémantique, proximité…
Chaque livre relié à un autre suscite ainsi la curiosité : avec quoi et pourquoi sont-ils ainsi connectés ? C’est ici que se referme le piège : de cet objet apparemment hétéroclite qui, avec ses fils connectés, prend l’allure d’une bombe artisanale, on s’approche au lieu de s’éloigner, séduit malgré –ou à cause- du danger pressenti, manière pour l’artiste de dire conjointement la fascination, et d’une certaine manière, la beauté maléfique de la destruction, et le pouvoir toujours dévastateur des mots.
Chaque livre relié à un autre se pose aussi comme énigme contextuelle, que l’on déchiffrera – ou non. Car en deçà du visible – connexions des titres comme autant de jeux de mots signifiants- se jouent des infra-sens, ce qui est lu- ou non, ce qui est su – ou non : tout un monde de textes, sacré, profane, idéologique ou pratique, inoffensif ou menaçant, porteur de libération ou de propagande, lieu de résistance…Tout un « réseau de traces », comme le dirait Derrida, à interpréter.
Ainsi le livre, concept qui tend aujourd’hui à se virtualiser- au regard des moyens contemporains d’accession au savoir- trouve dans Les connexions une pertinence nouvelle.

Mis en réseau, les livres connectés questionnent tout à la fois l’éclectisme d’une culture individuelle - les « relations informulées d’invisibles réseaux de lecture »- et la fécondité de la conjonction des cultures. Les câbles matérialisent le flux cosmopolitique, la circulation et la transmission des idées, idées conductibles en résistance contre toutes les formes d’ignorance et de préjugé.
Mis sous tension, les livres connectés pointent aussi les contradictions, et peut-être la relativité, des idéologies et des religions, des fondations culturelles et des philosophies directrices.
Les connexions se présentent alors comme un système ouvert de « multiplicités » sans racines, reliées entre elles de manière non arborescente, dans un plan horizontal (un « plateau » deleuzien) qui ne présuppose finalement pas plus de centre que de transcendance.

Marie Deparis, Paris 2007

 

 

A concern with links, correspondence and networks has been at the heart of mounir fatmi's work since its genesis, in both his formal approach and conceptual variables. Since 2004, the poetic invention of The Connections has given a new dimension to this reflection, which is intimately related to his investigations of the value of knowledge. This, like most of the artist's propositions, is built on layers of meaning around major thematic axes, be they aesthetic, ethical, cultural, political or existential. 

The installation, although at first appearence a perplexing jumble of books linked to each other by connection cables and grips, reveals considered colour and composition. Between the network of multicoloured cables and the books in their condition as objects – also chosen for the graphic art of their covers and their physical volume – a visually and aesthetically dense architectural plan takes shape. 

Then very quickly, our attention is drawn to the title and, beyond that, the content (known or imagined) of the books that the artist has chosen to connect to each other. Chance plays no role here, with each book deliberately connected to another to create meaningful links by opposition, reaction, semantic shift or closeness...
Each connection between the books arouses curiosity: how and why are they connected? This is where the viewer is ensnared:  taken in rather than moving away from this apparently heterogeneous object, which looks like a homemade bomb with all of the connecting wires. We are seduced despite – or maybe because of – a sense of danger. The artist expresses simultaneously the fascination and, in a way, the maleficent beauty of destruction, and the ever devastating power of words.
Each connected book also presents a contextual enigma, to be deciphered - or not. Below the visible connections of titles, like so much significant wordplay, infra-meanings are played out - things that are read or not read, known or unknown: a whole world of sacred, profane, ideological, practical, inoffensive or menacing texts, bearing liberation or propaganda, sites of resistance... A whole "network of signs” to interpret, as Derrida would say.
The book, a concept which is moving towards virtualization today, in terms of contemporary means of accessing knowledge, finds new relevance in The Connections. 

In their network, the connected books question the eclecticism of an individual culture – the "unexpressed relations of invisible reading networks” - and the fecundity of an association of cultures. The cables realise the cosmopolitan flux, the circulation and transmission of ideas, ideas driven to resist all forms of ignorance and prejudice.
When scutinised, the connected books also point to contradictions, and perhaps the relativity of ideologies, religions, cultural foundations and guiding philosophies.
The connections emerge as an open system of rootless "multiplicities”, connected to each other on a non-organic horizontal plane (a Deleuzian "plateau”) which in the end presupposes transcendence as much as substance.

 

 

Translation: Caroline Rossiter.