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22. Kissing Circles 05download PDF | Kissing Circles 05
 

'' Everything is in a state of tension, everything is connected, as seems to be suggested by the frequent

use of coaxial cables, and all the other paraphernalia

of connector technology (clips, sockets, aerial wiring, etc.). ''


Régis Durand, 2014
2010-2011, coaxial antenna cables, staples, 207 x 153 x 5 cm.
Exhibition view from Inside the Fire Circle, Lawrie Shabibi, 2017, Dubai.
Courtesy of the artist and Lawrie Shabibi, Dubai.
 




« Kissing Circles » donne à voir une multitude de lignes et de motifs circulaires s'entrecoupant, et donnant naissance à des figures géométriques complexes. Composition sculpturale et géométrique, l'œuvre est le résultat d'un minutieux assemblage de câbles coaxiaux à gaine blanche, outil de transmissions des images et de l'information couramment utilisé jusqu'à la fin des années quatre-vingt-dix, et matériau récurrent des œuvres de mounir fatmi. Dans ces dernières, le câble sert à l'exploration des problématiques du « lien et des connexions » sous de multiples aspects : circulation des informations et société des médias, liens qui unissent les individus entre eux et au monde, rapports de la création artistique à la réalité, ou encore liens entre le biographique et l'historique.

La sculpture se constitue comme l'expérimentation géométrique des cercles tangents en référence au poème du prix Nobel de chimie Frederick Soddy « The Kissing precise », œuvre qui fait le lien entre poésie et géométrie. « The Kissing circles » se présente comme la transposition sur un plan sculptural de la poétique de Soddy et donc comme une tentative de poésie plastique.

L'œuvre s'inspire des techniques de dripping et de all over mises au point par Pollock en procédant par recouvrement et effacement afin de réactualiser le principe de multiplication des formes, de complication et d'égarement de la poétique soddienne. Le résultat est une composition qui exige un effort d'attention et de discernement des formes et qui exerce également une forme de séduction et d'hypnose. La sculpture offre ainsi aux regards un espace de méditation visuelle : lieu de projection mentale et de réflexion sur la forme et la structure.

De la même manière que la poétique sodienne se développe à la limite du formulable et de l'informulable, la recherche plastique de mounir fatmi se tient à la frontière entre le visible et l'invisible. « The Kissing circles » reprend à son compte le principe de « connexion », au cœur de la poétique de Soddy. La mise en rapport réalisée par le chimiste et poète du réel concret (les « paires de lèvres » s'approchant pour s'embrasser) et de la géométrie (théorème des cercles tangents) est ainsi renouvelée par l’artiste, avec l'association du câble et de l'abstraction géométrique.

S'autonomisant comme matériau plastique abstrait, le câble d’antenne participe à la fondation d'une esthétique des correspondances, de l'exploration des rapports et des connexions, centrale dans l'œuvre de mounir fatmi. L'expérimentation géométrique des cercles tangents par l'artiste le conduit à l'invention d'une figure esthétique essentielle : celle du « baiser », entendue comme figure de la rencontre, des correspondances artistiques, du dialogue des arts et de la science, de la double approche théorique et pratique, alliance équilibrée et harmonieuse de rigueur formelle et de sensibilité poétique.


Studio Fatmi, Décembre 2017.




Le baiser précis 

Si, quand des paires de lèvres veulent s’embrasser 
De trigonométrie elles peuvent se passer. 
Ce n’est pas le cas pour quatre cercles qui se frôlent 
Chacun les trois autres, à tour de rôle. 
Pour réussir cela, le quatuor doit 
Être tel trois en un, ou un en trois. 
Si l’un est en trois, alors sans aucun doute 
Chacun reçoit trois bises qui lui viennent d’outre. 
Si trois sont en un, alors cet un 
Reçoit les trois baisers en son sein.  

Quatre cercles viennent à s’embrasser. 
Les plus petits sont les plus courbes. 
La courbe n’est que l’inverse 
De la distance depuis leur centre. 
Or, si leur mystères Euclide faisaient choir, 
A présent, nous ne tâtonnons plus dans le noir. 
Puisque zéro courbure est une bien droite ligne 
Et du moins les courbes concaves portent toutes le signe, 
La somme des carrés des quatre courbes 
Vaut le carré de leur somme par deux divisé. 

Pénétrer les affaires des sphères 
Est une tâche laquelle, peut être, 
Lasserait un géomètre oscillomètre. 
La sphère est beaucoup plus gaie, 
D’autant, qu’outre la paire de paires 
L’osculation se partage avec une cinquième sphère. 
N’empêche, signes et zéro sont comme avant, 
Pour que chacun embrasse les quatre autres 
Le carré de la somme des cinq courbes 
Égale la somme de leur carrés. 

Frederick Soddy, radio-chimiste britannique, 
Prix Nobel de Chimie en 1921. 
In Nature, 20 Juin 1936

 

« Kissing Circles » features a multitude of intertwined lines and circular motifs that create complex geometric figures. The work is a sculptural and geometric composition, the result of a meticulous assemblage of white coaxial cables, an instrument for the transmission of images and information that was commonly used until the 1990s, and a recurrent material in mounir fatmi’s work. He uses it to explore questions related to « links and connections » under various aspects: the circulation of information and the media society, the links that connect people to each other and to the world, the relations between artistic creation and reality, and the connections between biography and history.

The sculpture constitutes the geometrical expression of tangent circles, a reference to the poem by chemistry Nobel Prize winner Frederick Soddy, « The Kissing Precise », a text combining poetry and geometry. « Kissing Circles » can be seen as a sculptural transposition of Soddy’s poetry, and therefore as an attempt to create plastic poetry.?

The work is inspired by the techniques of dripping and all-over created by Jackson Pollock and consisting in covering up and erasing in order to re-actualize the principles of multiplying forms, complication and confusion in Soddy’s poetry. The result is a composition that requires an effort from the viewer in order to distinguish the shapes, while also exerting a form of seduction and hypnosis. In doing this, the sculpture offers a space for visual meditation: a place for mental projections and reflections on shape and structure.

Like Soddy’s poetry sits on the border between the expressible and the inexpressible, mounir fatmi’s plastic research sits on the border between the visible and the invisible. « Kissing Circles » borrows the « principle of connection » that is at the heart of Soddy’s poetry. The relation created by the chemist and poet between reality (the « pairs of lips » approaching to kiss) and geometry (the theory of tangent circles) finds itself thus renewed by the artist through the association of coaxial cable and geometric abstraction.?

Having gained the autonomy of an abstract plastic material, the cable participates in the foundation of an esthetic of symmetry and the exploration of relations and connections, a major theme in mounir fatmi’s work. The geometrical experimentation of the tangent circles by the artist leads him to the invention of an essential esthetic figure, that of the « kiss », understood here as the representation of encounters, artistic similarities, the dialogue between arts and science, theoretical and practical approaches, a balanced and harmonious alliance between formal precision and poetic sensitivity.






Studio Fatmi, December 2017.




The Kissing precise

For pairs of lips to kiss maybe
Involves no trigonometry.
'Tis not so when four circles kiss
Each one the other three.
To bring this off the four must be
As three in one or one in three.
If one in three, beyond a doubt
Each gets three kisses from without.
If three in one, then is that one
Thrice kissed internally.

Four circles to the kissing come.
The smaller are the benter.
The bend is just the inverse of
The distance from the center.
Though their intrigue left Euclid dumb
There's now no need for rule of thumb.
Since zero bend's a dead straight line
And concave bends have minus sign,
The sum of the squares of all four bends
Is half the square of their sum.

To spy out spherical affairs
An oscular surveyor
Might find the task laborious,
The sphere is much the gayer,
And now besides the pair of pairs
A fifth sphere in the kissing shares.
Yet, signs and zero as before,
For each to kiss the other four
The square of the sum of all five bends
Is thrice the sum of their squares.

Frederick Soddy, British radio-chemist, Nobel Prize in Chemistry in 1921
In Nature, June 20, 1936