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mounir fatmi a réalisé la série de photomontages Casablanca Circles à partir de photographies extraites du film Casablanca. Les cercles tangents de Descartes et des figures géométriques sont appliqués sur les images des deux personnages principaux alors qu’ils se rapprochent pour s’embrasser.
Cette infinité de cercles augmente le désir du spectateur et projette notre espoir de voir les deux personnages unis.
Bien que le film fait référence à la ville marocaine de Casablanca, occupée par le gouvernement français de Vichy pendant la seconde guerre mondiale, tous les décors du film ont été construits à Hollywood. Ces deux antagonismes, le réel et le fictif, de la ville désorientent même les Marocains et poussent les touristes à la recherche du Rick’s café et des autres lieux du tournage au cours de leur séjour au Maroc.
L'histoire du film est celle d'un amour impossible inscrit dans les clichés de l'espionnage et de l'exotisme .
Pendant la guerre, un couple échappe aux nazis et arrive au Maroc afin d'obtenir les papiers pour rejoindre les Etats-Unis. Leur seul contact et leur seul espoir est l'ancien amant de l'épouse. Au-delà de la fiction et des mathématiques, Mounir Fatmi veut nous faire croire que quelque chose est encore possible.
«(...) Il y a quelque chose d’analogue à cette prolifération à la fois scientifique et fictionnelle chez mounir fatmi, avec son usage de différents supports, ses allers et retours entre différentes thématiques, ses esquisses de récit reprises et abandonnées. D’une certaine manière, on peut dire qu’il reprend à son compte l’énigme que constituent la découverte et la maîtrise d’une énergie en apparence inépuisable, mais aussi incontrôlable – à la différence qu’il ne s’agit pas chez lui de nucléaire mais de ce qui se pose ici en équivalent métaphorique, c’est-à-dire le désir et l’attraction irrésistible qu’il déclenche. Mais la différence est-elle si grande ? Ce qui compte en effet, dans chacun des deux termes, c’est l’instant où cela se déclenche, l’instant qui n’en est pas un, entre un avant et un après -- une imminence si l’on veut, c’est-à-dire un espace de temps sans consistance, sans véritable durée. Ce qui ad- vient ensuite est de l’ordre du déroulement, avec ses options et ses trajets narratifs possibles. Avant que la réac- tion ne s’enclenche, avant que les lèvres ne se touchent et que plus rien ne soit comme avant. Le baiser, dans les œuvres de la série « Casablanca Circles », est de cet ordre. C’est une catastrophe, une rupture, l’instant quasiment inassignable qui fait que tout bascule. La beauté de la chose est que sur cet impalpable, ce non-instant, autant d’attentes et de possibles narratifs viennent se précipiter. Apparaissent d’innombrables connexions souterraines, croisements, coïncidences secrètes, si bien qu’il flotte parfois dans l’œuvre comme un léger parfum de paranoïa.(...)»
Régis Durand, Mars 2014.
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Casablanca Circles is a series of drawings done on photographs taken from an excerpt from the movie Casablanca of the final kiss Bogart and Bergman. The tangent circles of Descartes and Soddy are drawn on the pictures of the two main characters as they move closer to kiss.
This infinity of circles raises the viewer's desire and at the same time, project our hope to see both actors united.
Although the movie refers to the Moroccan city Casablanca, occupied by the french government of Vichy during the WWII, all the sets have been built in Hollywood. Those two lives, the real and the fictional, of the city disorient even the Moroccans and push the tourists to look for the Rick's Café and the other locations of the movie during their stay.
The story of the movie is about an impossible love surrounded in clichés of spying and exoticism.
During the war, a couple escape the Nazis and land in Morocco in order to get the papers to join the United
States. Their only contact and their only hope is the former lover of the woman. Beyond fiction and maths, mounir fatmi wants to make us believe that something is still possible.
«(...) There is something analogous to this scientific and ficti
onal proliferation in fatmi’s work, in his use of different supports, in his back and forth movements between different themes, his outlined, reprised or abandoned narratives. In a way, we could say that he appropriates the enigmatic discovery of a form of energy that seems inexhaustible but also uncontrollable – except that in his case the subject is a metaphorical equivalent of the nuclear, namely, desire and the irresistible attraction that it triggers. But then is the difference really so great? What matters, indeed, in both instances, is the moment of unleashing, the moment that is not a moment, between the before and the after – an imminence, you might say, that is to say, a time-space without real consistency, without real duration. What comes next is a form of unfolding, with its options and possible narrative trajectories. Before the reaction is triggered, before the lips touch and nothing is the same as before. Such is the kiss in the works of the “Casablanca Circles” series. It is a catastrophe, a rupture, the almost unassignable moment whereby everything changes. The beauty of the thing is that this around this impalpable non-moment so many expectations and narrative possibilities are precipi- tated. Countless underground connections appear, crossovers, secret coincidences, so that in this work there hovers a subtle perfume of paranoia.(...)"
Régis Durand, March 2014.
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