02.
   
   
 


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14. | The thieves
 
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  • 2006, hands in latex, flag, sword.
    Exhibition view from Tête dure / Hard head, Bank Galerie, 2006, Paris.
    Courtesy of the artist and Goodman Gallery, Johannesburg.
    Ed. of 5 + 1 A.P.

'' mounir fatmi highlights the absurdity of the laws of a nation, which cuts off the hands of its residents making them outcasts who are unfit to work, thus depriving itself the labour of a potential workforce. ''


Marie Deparis, 2007
 




Les voleurs est une installation choc qui se démarque de l’esthétique minimaliste habituellement empruntée par mounir fatmi.
En fond, le drapeau de l’Arabie Saoudite : le vert de l’Islam, le sabre, symbole de justice, et l’inscription en arabe saoudien "Il n'y a nulle autre divinité hormis Allah, et Muhammad est son prophète".
Ici, le sabre est bien réel, et sa justice clairement manifestée : des mains tranchées, ensanglantées, réalistes, reposent sur la devise (Shahadah) de cette puissante et absolue monarchie islamique, dont La Mecque est le cœur religieux de l’Islam.

Se plaçant parmi les 10 premières puissances commerciales mondiales, l’Arabie Saoudite multiplie les paradoxes. Ce pays entretient des relations économiques avec la plupart des autres puissances économiques du monde et les démocraties occidentales – les liens qui unissent les élites économiques et politiques américaines à la famille royale saoudienne, les enjeux de milliards de dollars ne sont plus un secret pour personne…-. L’Arabie Saoudite nourrit un des lobbies les plus puissants du monde, tout en maintenant, en quasi-impunité au regard du droit international, un régime théocratique totalitaire dans lequel les droits humains le plus élémentaires sont systématiquement violés : condamnations à mort, tortures, mutilations, décapitations et flagellations y sont inscrits dans la loi, et ici le délit se pardonne contre paiement au prix du sang.

Une justice expéditive et barbare, sous couvert de Charia, que dénonce sans détour l’artiste, dans une manière extrêmement directe qui ne lui est pas coutumière. Mounir Fatmi souligne l’absurdité des lois d’une nation qui, en coupant les mains de ses résidents, les rendant inaptes à la tâche et parias, se prive par là même d’une main d’œuvre et d’un potentiel de force de travail. « La main coupée ne peut plus écrire. » dit l’artiste. Or l’Islam, et notamment au travers de la calligraphie et de l’écriture des noms de Dieu, sacralise l’écrit. Il y a donc là une complexe ambivalence pour ceux qui coupant les mains au nom de quelque loi divine, condamnent dans le même temps à une forme d’impiété. L’écriture, moyen essentiel de la transmission du texte, est donc également par essence, lieu de transmission du savoir, de la connaissance, et par extension, du pouvoir critique et de la liberté. Ce n’est donc pas à un individu seulement que s’oppose cette violence sans nom mais au savoir et à la liberté toute entière.


Plus radicalement encore, il s’agit pour mounir fatmi d’opposer l’image de l’insoutenable face à la prééminence pragmatique de l’économie mondiale sur toute forme de considération éthique, puis enfin d’interroger la durée de validité des lois du Coran. S’il s’avérait qu’une telle pratique eut pu un jour avoir sa raison d’être, cela peut-il encore être acceptable aujourd’hui, quand bien même cela soit suggéré par le Livre ? On pense, en regardant Les voleurs, à la fameuse phrase de Lévi-Strauss, « le barbare, c’est d’abord celui qui croit à la barbarie »*, et l’on mesure à quel point le temps de la foi en l’inhumain n’est pas révolu.


Marie Deparis.
 

Les voleurs a été présenté à la galerie La BANK, à Paris, en 2006, dans le cadre de l’exposition personnelle « Tête dure »
 

* Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire



 

The thieves is a shock installation which sets itself apart from mounir fatmi's usual minimalist aesthetic.
The Saudi Arabian flag is in the background: the green of Islam, the sword as symbol of justice and the inscription in Arabic: “There is no God but Allah and Muhammad is the messenger of Allah”.
Here the sword is very real, and its justice is clearly demonstrated: realistic, bloody cut-off hands are laid on the motto (Shahadah) of this powerful and absolute Islamic monarchy, for whom Mecca is the religious heart of Islam.

Saudi Arabia, amongst the top ten world commercial powers, is full of paradoxes. This country entertains economic relations with the majority of other world economic heavyweights and Western democracies – the links uniting the American economic and political elite to the Saudi royal family and the stakes of millions of dollars are no longer a secret from anyone... Saudi Arabia funds one of the most powerful lobbies in the world while maintaining quasi-impunity in the eyes of international law and a totalitarian theocratic regime, in which the most basic of human rights are systematically violated. Death sentences, torture, mutilation, decapitation and flagellation are written down in law and here misdemeanours are punishable by blood.

Unusually for the artist, he denounces a brisk and barbaric justice - under the guise of Sharia - in an extremely direct way. mounir fatmi highlights the absurdity of the laws of a nation, which cuts off the hands of its residents making them outcasts who are unfit to work, thus depriving itself the labour of a potential workforce. “A cut-off hand can no longer write,” says the artist. And yet Islam holds writing to be sacred, in particular through calligraphy and the writing of the names of God. So there's a complex ambivalence for those who, by cutting off hands in the name of a divine law, also condemn to a form of impiety. Writing, an essential way of communicating text is thus also a way of transmitting knowledge and by extension critical power and freedom.

So it is not just the individual that is abused by this nameless violence but also liberty and knowledge in their entirety.
More radical still, mounir fatmi is contrasting an image of the untenable to the pragmatic pre-eminence of world economy over any sort of ethical consideration, and questioning the duration for which the laws of the Koran may be valid. If it were to turn out that such practices once had their raison d'être, can this still be acceptable today, regardless of the fact that it is suggested by the Book?
When looking at The thieves, we think of Lévi-Strauss' famous phrase, “the barbarian is, first, he who believes in barbarity”*, and wonder to what extent we have moved on since the times of faith in the inhumane.









Marie Deparis.

Translation: Caroline Rossiter.


The thieves was presented at the BANK gallery in Paris, in 2006, as part of the solo show “Hard head”.


* Claude Lévi-Strauss, Race and History