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57. Le Mur | The Wall
 
  • 2013, photo noir et blanc, tirage 160cm x 30cm.
    Exhibition view from (IM)possible Union, Analix Forever, 2017, Geneva.
    Courtesy of the artist and Analix Forever, Geneva.

 




Composition photographique horizontale en noir et blanc, « Le Mur » offre aux regards une scène de bord de mer, paysage à la fois terrestre et maritime. Au premier plan s'étale la grève qui borde la plage, étendue plate qui cesse là où se dresse un muret formant la digue et le second plan de la composition, digue le long de laquelle se tiennent des couples de promeneurs et d'amoureux enlacés, à l'exception d'un personnage solitaire au centre qui se tient accroupi sur le mur, dos à l'objectif, le regard tourné vers le large. A l'arrière plan, la ligne d'horizon des flots sépare partie basse et haute de la composition, constituée pour cette dernière, par une étendue gris clair de ciel nuageux.

« Le Mur » s'interroge sur le thème de la relation, déclinée sur plusieurs niveaux de lecture. L'œuvre explore les rapports de l'homme à la nature, et plus généralement au réel. Elle s'intéresse également à la relation de l'homme à sa propre nature. Elle aborde enfin le sujet de la communication, des interactions entre individus et des échanges interculturels. L’oeuvre propose une méditation sur les structures du réel et de nos perceptions qui se présente dans l'univers artistique de mounir fatmi comme une solution de continuité spatiale qui impose un arrêt et un obstacle qui pousse à élaborer des stratégies de dépassement.

Le mur en tant qu’élément architectural arrête une force, un mouvement et crée une separation. Architecture contemporaine très « en vogue » devenue un symbole de protectionnisme, dont un président des Etats-Unis a récemment vanté les mérites pour se faire élire, le mur impose ses limites aux déplacements spatiaux, aux échanges interculturels, à la communication et à la réalité de manière générale. Il s'inscrit dans une logique d'empêchement, de restriction, de limitation des forces, du mouvement, du désir. Son érection tient presque du réflexe de défense, face à une nature perçue comme hostile et dangereuse, vis à vis de l'autre, l'étranger, perçu comme un envahisseur.

Plus généralement, le mur constitue une épreuve de réalité - quelque chose qui nous fait toucher du doigt les limites de notre univers, de notre perception du réel et de nos capacités à aller vers l'autre. Sa structure invite à une lecture dynamique des rapports et dramatise la question de la relation par le jeu des contrastes : le noir et blanc, la mer et la terre ou le ciel et la terre, le mouvement des flots, des êtres humains en contraste avec l’arrêt, la personne seule et les couples d'amoureux.

La photographie « Le Mur » se présente comme un obstacle appellant à une stratégie du dépassement ou du contournement - du déplacement de manière générale. L'image du personnage solitaire hissé sur le mur est une invitation à surmonter les difficultés et à ne pas se soumettre à ses pouvoirs d'empêchement. Elle rappelle également que les tentatives pour rejoindre l'autre, comme pour se rejoindre soi-même ou pour appréhender le réel dans sa totalité - espace de possibilités et de libertés infini, constituent une aventure essentiellement solitaire, épique et dangereuse, avec son lot d'illusions et de désillusions. Cette œuvre est une exhortation à faire le mur, geste transgressif, libre et nécessaire.


Studio Fatmi, Février 2018.

 

 

 

A black & white horizontal photographic composition, « The Wall » features a seaside scene, a landscape combining land and sea. In the forefront, the flat expanse of the beach stops where a low wall stands, forming a dyke along which couples walking and embracing each other can be seen, with the exception of one solitary character in the center, squatting on the wall, back to the camera, gazing at the open sea. In the background, the line of the horizon separates the lower and upper half of the composition, the latter being a light gray expanse of cloudy skies.

« The Wall » is a questioning on the subject of relations with several levels of interpretation. The work explores the relation of man to nature, and more broadly to reality. It also looks at the relation of man to his own nature. Finally, it addresses the issues of communication, interactions between individuals and intercultural exchanges. The work offers a meditation on the structures of reality and our perceptions, which presents itself in mounir fatmi’s artistic universe as a spatial discontinuity that imposes an interruption and an obstacle forcing the elaboration of strategies to overcome it.

The wall as an architectural element stops a force, a movement, and creates a separation. A contemporary form of architecture currently in fashion that has become a symbol for protectionism, and whose merits were recently celebrated by one American president in order to get himself elected, the wall imposes its limits to movements in space, to intercultural exchanges, communication and reality in general. It belongs to a system for the prevention, restriction and limitation of forces, movement and desire. Its erection is akin to a defense reflex against nature, perceived as hostile and dangerous, against the other, the foreigner, perceived as an invader.

More broadly, the wall constitutes a trial of reality – something that brings us to touch upon the limits of our universe, of our perception of reality and our capacity to reach out to our fellow human being. Its structure beckons a dynamic interpretation of relations and dramatizes the question of relations through contrasts: black and white, land and sea or sky and land, the movement of the waves and of people in contrast with the absence of movement, the solitary character and the couples of lovers.

The photograph « The Wall » presents itself as an obstacle calling for a strategy to overcome or circumvent it – in any case a strategy of displacement. The image of the solitary individual on top of the wall is an invitation to overcome difficulties and to not submit to its blocking power. It also reminds us that attempts to reach out to the other, as to reach in to oneself or to apprehend reality in its entirety – a space offering endless possibilities and freedom – are an essentially solitary, epic and dangerous endeavor, rife with illusions and disillusions. This work is an exhortation to jump the wall, a transgressive, free and necessary gesture.









Studio Fatmi, February 2018.