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Le pavillon de l'exil | The exile pavilion
 
  • started in 2016

exilepavilion.com


«Je suis semblable à celui qui portait sa brique pour montrer au monde comment était sa maison.»

Bertold Brecht

On m’a souvent posé cette question : comment je me considère en tant qu’artiste ? Ma réponse a toujours été la même : Je me considère comme un travailleur immigré. Mon travail consiste à examiner ce que c'est d'être un artiste, lorsqu'il se sent étranger à son propre contexte culturel, voire à son propre rôle.

"De l’exil, j’ai fabriqué des lunettes pour voir" : j’ai écrit cette phrase en 1998. Depuis, je me pose la question de l’exil, ou plus précisément, c’est la question de l’exil qui s’est toujours posée à moi. Ayant volontairement quitté le Maroc, j’ai vécu dès lors avec la conscience aiguë de la séparation, du déplacement, du poids de l’identité. J’ai inscrit alors ma démarche dans ce déplacement permanent en l’affirmant dans plusieurs œuvres et expositions personnelles, comme "l’Art de la guerre" (ADN Platform, Barcelone, 2014), "Permanent Exile" (MAMCO, Genève, 2015) ou encore, dernièrement, le commissariat de l’exposition "Art en Exil" à la Galerie Keitelman, Bruxelles, dans laquelle j’ai cherché à instaurer un dialogue entre des œuvres d’artistes traitant de l’exil de différentes régions, générations et périodes artistiques. Ainsi des œuvres de Marcel Duchamp, Shirin Neshat, Josef Albers côtoyaient celles d’Ali Assaf, Marc Chagall, Kendell Geers ou Lyonel Feininger.

De cette nécessité, de cette urgence permanente de penser l’exil, est né le projet du Pavillon de l’Exil, comme un projet itinérant, proposant une cartographie parallèle, une géographie libre d’expositions temporaires, sous la forme d’escales dans différents pays. Le projet pose la question de l’exil comme un nouvel espace à réinventer, à repenser et finalement à investir. Il veut interroger de manière à la fois globale et spécifique les liens entre les différentes formes de déplacements, qu’il s’agisse de la situation du migrant travailleur, de l’expatrié, du refugié ou encore de l’exilé de guerre, de catastrophes naturelles, de problèmes économiques, de persécutions politiques ou raciales.

Le Pavillon de l’Exil veut investir et franchir toutes les frontières, revisiter les expériences de l’exil et en réactiver les traces dans l’Histoire. Où commence l’exil et où se finit-il ? Sommes-nous tous égaux face au déplacement et à l’exil ? De qui sommes-nous les exilés ?

Le Pavillon de l’Exil n’existe pas en tant qu’architecture même si proposition est faite aux architectes de l’imaginer. Mais ce sont bien les œuvres des artistes, plasticiens, musiciens, écrivains poètes, performeurs qu’ils soient exilés ou que leur œuvre traite du déplacement qui construisent ensemble ce pavillon protéiforme et nomade. Son voyage est composé d’escales dans des structures artistiques, des institutions, des lieux éphémères, sous forme d’expositions, de publications ou de rencontres. À chaque escale, les œuvres et les documents d’archives sont repensés en fonction du lieu et de son histoire.

mounir fatmi, 30 Juin 2016

 

 

 




“I am like one who wore his brick to show the world how was his home.”

Bertold Brecht

Often I was asked this question: how do I see myself as an artist? My answer has always been the same: I consider myself an immigrant worker. My job is to consider what it is to be an artist, when he feels different from in his own cultural context, even in his own role.

” From the exile, I created glasses to see”: I wrote this sentence in 1998. Since then, I ask myself the question of exile, or more precisely, it is the question of exile that always asks me. Since I voluntarily left Morocco, I have lived with the acute awareness of separation, displacement, and the weight of identity. So I started my approach of permanent displacement by affirming this in several personal artworks and exhibitions, such as “Art of War” (ADN Platform, Barcelona, 2014), “Permanent Exile” (MAMCO, Geneva, 2015) or more recently, as exhibition curator of “Art in exile” at Keitelman Gallery – Brussels, in which I sought to establish a dialogue between artists’ works dealing with exile of various regions, generations and artistic periods. Such as the works of Marcel Duchamp, Shirin Neshat, Josef Albers alongside with Ali Assaf, Marc Chagall, Geers and Lyonel Feininger.

With this necessity, this permanent need to think of exile, the project of the Exile Pavilion was born, as a traveling project, offering a parallel cartography, a free geography of temporary exhibitions, with stops in different countries. The project raises the question of the exile as a new space to be reinvented, to be rethought and finally to be invested. He wants to question both the global and specific links between various forms of displacement, whether the migrant worker’s situation, the expatriate, the refugee or the exile of war, natural disasters, economical problems, and political or racial persecutions.

The Exile Pavilion wants to invest and cross all boundaries, revisiting the experiences of the exile and reactivate the traces in history. Where does the exile begin and where does it end? Are we all equal against the displacement and exile? And from who are we exiles?

The Exile Pavilion does not exist as an architectural building even if the proposal is made for architects to imagine. But it is the works of artists, visual artists, musicians, poets, writers, performers they are exiles or their work deals with the displacement, which build together this protean and nomadic pavilion. Its journey will make layovers at artistic structures, institutions, ephemeral places, in the form of exhibitions, publications and meetings. At each stop, the works and archival materials are redesigned according to the place and its history.

mounir fatmi, June 30, 2016