« L’homme sans cheval », 01, 02, 03
L’homme sans cheval se présente comme une trilogie autour de trois formes connexes de chute, physique, métaphysique, historico-politique. Elle s’offre comme une réflexion globale sur la condition précaire d’une humanité ancrée dans ses certitudes de maîtrise, mise en danger tant par un « principe d’indétermination », que l’on pourrait tout aussi bien appliquer à l’existence humaine comme forme de l’absurde, que par les options historiques qu’elle détermine et oriente dans cette illusion historiciste dénoncée par Popper : confronté à une destinée sans finalité, le pouvoir de l’homme vacille sur ses fondements.
mouvement 02
Un cavalier sans cheval erre dans un paysage semi-urbain. Seul. A pied. Les obstacles du premier mouvement ont disparu. Il n’y a plus de parcours, d’embûches, de confrontation. Il n’y a plus de cheval, ce symbole de force et de maîtrise, perçu comme média et écran entre l’homme et la simple réalité du monde. Le cavalier sans cheval s’est libéré de sa monture - qui est aussi son fardeau- s’est libéré du devoir de performance et de la peur de la chute. Il est devenu anti-héroïque. Le voici seul, livré à lui-même, livré à la réalité d’un monde qu’il va redécouvrir avec un regard neuf, innocent : le regard d’un enfant. Lunaire, il observe la nature avec un intérêt naïf, un intérêt désintéressé – sans arrière-pensée instrumentale de profit ou de performance. Retomber en enfance, semble-t-il exprimer, c’est échapper au monde, opter pour une stratégie de l’évitement, de la fuite, du refuge.
Son attitude, comme une réponse un peu idiote, provocatrice, inattendue, entre en dissidence au regard du monde, délesté du poids de la conscience de sa condition, sans le filtre des attentes de la société exigeante, insoumis aux lois sociales de la compétence, aux contraintes du monde adulte et de la nécessité de devoir réussir.
…
Trouvant de l’attrait au précaire et au modeste, il rend inessentiel ce qui n’existe désormais plus pour lui – les idéologies, les politiques, la vérité-.
Il y a chez cet homme quelque chose de dérisoire aux confins de l’absurde, du burlesque, d’une vérité du non-sens, une manière de préférer la réalité au concept, le paysage à la politique, la contemplation à l’économie, la spéculation au pragmatisme. Et cette régression infantile, entre jeu, fantaisie, absence de profondeur métaphysique, semble se perdre dans un espoir vain de retour à l’innocence.
Marie Deparis, Paris 2007
vidéo distribuée par
Heure exquise ! www.exquise.org
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