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14. Dieu me pardonne l May God forgive me
 
  mounir fatmi may god forgive me
2001-2004, France, 8 min 15.
 
 
 

Cette vidéo est réalisée à partir d'images télévisuelles enregistrées entre 2001 et 2004. Une grande partie de ces images ont été collectées au cours d'une résidence où les participants étaient invités à enregistrer leur zapping télévisuel sur les chaînes du monde entier. Un hadith, propos rapporté du prophète Mahomet, concernant la femme, sert de fil conducteur : "Le premier regard porté sur la femme est pour vous, le deuxième est pour le diable, le troisième est un crime."
 
Ici, est mis en jeu ce troisième regard, celui, coupable et d’une certaine manière complice, du voyeur que chacun devient  en s’habituant à la surenchère de violence télévisuelle, oubliant les drames réels qu’elle exhibe. Fasciné par la beauté du désastre, le spectateur-voyeur y trouve l’écho du monstre qui en chacun de nous sommeille, l’expression de cette « banalité du mal », pour reprendre le paradoxe d’Hannah Arendt, qui, loin des fondements des idéologies et des convictions profondes et libres, pousse au crime des hommes aussi ordinaires que lui. Fascination et reconnaissance.

Les images samplées, arrachées à leurs contextes, s’interpénètrent, s’entrechoquent, se fagocytent. Kaléiodoscope de clichés du temps présent, elles offrent une vision endoscopique d’un monde en colère, une vision esthétique, et esthétisée, du pire.
Images érotiques, images d’armes et de guerre, de prophètes et de terroristes, images abstraites comme des tableaux en mouvement, images d’armes et de catastrophes, de fuites et de dédoublements, de bourreaux et de victimes…dans le rythme effréné de ce magma d’images aperçues à la télévision, tout semble se valoir, sans enjeu ni profondeur, et tout semble catastrophique, du dérisoire au plus violent. A cela mounir fatmi semble opposer une autre forme de relativisme, face aux religions, à la vérité, aux médias, à la portée de l’Histoire, au poids réel des destinées individuelles.

En même temps il se dégage de Dieu me pardonne une certaine spiritualité radicale, l’idée d’un monde en bouillonnement physique et métaphysique, à la limite de l’implosion, pris dans un tourbillon dialectique dans laquelle la violence et le désir, la bonne volonté et le mal radical, confondent et dissolvent toutes les structures du monde.

Marie Deparis, Paris 2007


vidéo distribuée par Heure exquise !
www.exquise.org