2005 - Canada - 15 min 20
Bad Connexion est une vidéo très dense où se heurtent et se lient les idées et les images, les couleurs et les sons, associant fonction critique de l'art et inventions poétiques. Les titres ponctuent une construction en trois temps, incluant tout un dispositif de résonances et de variations formelles, de ruptures de linéarité du récit, dans la métamorphose permanente des images et leur entremêlement à la bande-son.
Le jeune garçon photographié par Edward Muybridge court, rit, saute, son
déplacement étant restitué par une suite de plans fixes. Il en sera ainsi tout au long de la vidéo, où alternent l'instantané de la vie, du mouvement, du documentaire, et l'immuable du document, de la photographie, du livre et de l'image peinte.
Les mots Bad Connexion apparaissent à l'écran, ouvrant la place au doute, à la polysémie, au malentendu. De quoi s'agit-il ? D'une mauvaise connection, d'un défaut de contact, de funestes rencontres ? La photographie d'un homme, un terroriste ceinturé de noirs explosifs, confirme la première inquiétude.
Bad Connexion s'efforce de lire entre les lignes de l'ordre des discours et des images. Mounir Fatmi a entrepris de sortir de son histoire, de sa propre culture, de ses propres croyances, de devenir athée le temps de lire Jacques Derrida ou Salman Rushdie. Le seul paradis finalement ici proposé, c'est celui de la lucidité, de la position critique
Les frappes sur le clavier composent une étrange musique, des combats de mots et de mitraille. Une jeune femme, en un geste ample, protecteur, maternel, referme ses bras sur son ventre ceint d'une ceinture explosive. Femme kamikaze, terroriste prête à sacrifier sa vie et celle de son enfant à venir pour défendre la cause intégriste ? Evidemment non : ici nulle bombe dans les livres, et nul détonateur, hormis celui du pouvoir des images et des mots, de la culture, de la détermination à privilégier l'intelligence et la tolérance.
L'ambivalence de la situation mise en scène par Mounir Fatmi est redoublée par la dangerosité de l'écrit, porteur de libération comme d'enfermement, d'individuation comme de conditionnement. Ici la ceinture devient protection, la culture, le savoir, la conscience, faisant rempart à l'immonde.
Extrait du texte « mounir fatmi, Bad Connexion »
Evelyne Toussaint
Maître de conférences en histoire de l'art contemporain, Université de Pau et des Pays de l'Adour.
Avril 2006
vidéo distribuée par
Heure exquise ! www.exquise.org
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