mounir fatmi
 
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14. Skyline l Skyline
Skyline   Skyline
8ème biennale de Sharjah, art, ecology and the politics of change, Dubaï, 2007

Skyline est une proposition sculpturale-architecturale polymorphe, qui peut être présentée dans des configurations différentes selon les espaces.
Les cassettes vhs détournées en matériaux de construction ont un emploi plastique récurrent dans les travaux récents de mounir fatmi.

De la même manière que le boîtier de la cassette neutralise et protège un contenu qui nous reste invisible, Skyline suggère d’emblée la complexité de l’«habiter ». La construction architecturale rend possible l’existence d’un « intérieur », d’un chez-soi, qui sépare du regard des autres, qui permet le secret, l’intimité, la séparation des espaces privés-publics sans lequel nous sommes projetés en marge de la société, éminemment vulnérable. Elle est aussi comme un « vêtement » protecteur, dit l’artiste, rempart contre l’hostilité que constitue le monde extérieur, qu’il s’agisse des forces de la nature ou de l’autre, l’ « ennemi ». Pourtant, nous n’oublions pas face à un tel paysage, la fragilité de toute construction, de ce rempart qui peut-être aussi source de destruction. Dans la guerre traditionnelle comme dans le terrorisme, c’est souvent par la destruction du bâtiment qu’adviennent les pertes humaines. Le 9.11 est là pour nous le rappeler. Ou comment l’un des plus célèbres skyline du monde, symbole du triomphe économique et du pouvoir révéla sa fragilité.

La cassette vhs, c’est aussi l’instrument de la copie. De quel skyline du monde cette frise architecturale à l’esthétique minimaliste est-elle le reflet? New York, Shangaï, Dubaï ? Tous ceux qui se déplacent dans les plus grandes métropoles du monde sont frappés par cette uniformisation du paysage urbain, qui a la fois renforce le sentiment de « village planétaire », la certitude de la globalisation économique et de la modélisation capitaliste des modes de vie en même temps crée l’illusion que cette normalisation recouvre une uniformisation des richesses. Cette mimesis architecturale, pour reprendre le mot de Derrida, devient dès lors un essentiel enjeu politique.

Les bandes dévidées des cassettes forment sous la construction un magma d’un noir brillant.
Peut-être renvoient-elles à quelque chose comme de ténébreuses Euménides, qui appartiennent au monde du dessous et de la violence calculée –autre manière de symboliser la peur de la destruction et la fragilité du construit, la violence latente à l’énergie de la ville.
Elles sont aussi plus probablement manifestation de la fuite, de la perte, de la fragilisation des existences individuelles soumises à la pression et au flux permanent de la mégapole.

Skyline a été présenté pour la première fois à la 7ème biennale de Sharjah, art, ecology and the politics of change, à Dubaï, en 2007

Marie Deparis