Le câble d’antenne blanc, matériel technique réhabilité en matériau plastique, est un élément visuel régulier dans le travail de mounir fatmi.
Ici, se déploient au sol des gerbes de câbles blancs, enserrés dans de courtes gaines puis libérés dans de larges mouvements souples entre arabesques et rangolis. Ce « chapelet » à la dimension particulière, dans lequel est engagé à pénétrer et à se positionner le visiteur suggère d’abord une certaine fluidité informelle, la liquidité : les réseaux de câbles sont mobiles, peuvent être déplacés, bousculés, transformés par la présence et le passage des visiteurs.
Cette proposition sculpturale peut aussi être appréhendée comme une sorte de matérialisation d’un rituel soufi dans lequel la récitation mène à « se perdre » en Dieu. Il s’agit donc ici de pénétrer dans un espace méditatif non fermé, espace de parenthèse et de respiration. Pourtant, dans le même temps , le visiteur pénétrant dans l’œuvre se trouve spatialement, et symboliquement, pris au piège de ce qu’il peut percevoir comme un système de liens – ce qu’est étymologiquement la religion- : comment en sortir sans les détruire ? Comment s’en libérer ?
Ce chapelet, instrument rituel de prière, originellement « moyen de se souvenir de Dieu », support de l’invocation répétée de son Nom, se fait enserrement de liens dont il est s’avère difficile de se débarasser, et chacun de ses nœuds –correspondants à un des noms de Dieu- devient un obstacle à franchir.
Chapelet (Rosary ) a été présenté en 2007 dans le cadre de l’exposition personnelle « Something is possible » à la Shoshana Wayne Gallery, Los Angeles.
Marie Deparis
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