Les voleurs est une installation choc qui se démarque de l’esthétique minimaliste habituellement empruntée par mounir fatmi.
En fond, le drapeau de l’Arabie Saoudite : le vert de l’Islam, le sabre, symbole de justice, et l’inscription en arabe saoudien "Il n'y a nulle autre divinité hormis Allah, et Muhammad est son prophète".
Ici, le sabre est bien réel, et sa justice clairement manifestée : des mains tranchées, ensanglantées, réalistes, reposent sur la devise (Shahadah) de cette puissante et absolue monarchie islamique, dont La Mecque est le cœur religieux de l’Islam.
Se plaçant parmi les 10 premières puissances commerciales mondiales, l’Arabie Saoudite multiplie les paradoxes. Ce pays entretient des relations économiques avec la plupart des autres puissances économiques du monde et les démocraties occidentales – les liens qui unissent les élites économiques et politiques américaines à la famille royale saoudienne, les enjeux de milliards de dollars ne sont plus un secret pour personne…-. L’Arabie Saoudite nourrit un des lobbies les plus puissants du monde, tout en maintenant, en quasi-impunité au regard du droit international, un régime théocratique totalitaire dans lequel les droits humains le plus élémentaires sont systématiquement violés : condamnations à mort, tortures, mutilations, décapitations et flagellations y sont inscrits dans la loi, et ici le délit se pardonne contre paiement au prix du sang.
Une justice expéditive et barbare, sous couvert de Charia, que dénonce sans détour l’artiste, dans une manière extrêmement directe qui ne lui est pas coutumière.
Mounir Fatmi souligne l’absurdité des lois d’une nation qui, en coupant les mains de ses résidents, les rendant inaptes à la tâche et parias, se prive par là même d’une main d’œuvre et d’un potentiel de force de travail.
Plus radicalement encore, il s’agit pour mounir fatmi d’opposer l’image de l’insoutenable face à la prééminence pragmatique de l’économie mondiale sur toute forme de considération éthique, puis enfin d’interroger la durée de validité des lois du Coran. S’il s’avérait qu’une telle pratique eut pu un jour avoir sa raison d’être, cela peut-il encore être acceptable aujourd’hui, quand bien même cela soit suggéré par le Livre ?
On pense, en regardant Les voleurs, à la fameuse phrase de Lévi-Strauss, « le barbare, c’est d’abord celui qui croit à la barbarie »*, et l’on mesure à quel point le temps de la foi en l’inhumain n’est pas révolu.
Les voleurs a été présenté à la galerie La BANK, à Paris, en 2006, dans le cadre de l’exposition personnelle « Tête dure »
Marie Deparis
* Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire
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