« L’art musulman n'a produit aucune image de Dieu, la religion interdisant sa représentation. Il est évoqué dans le Coran par 99 noms tels le Superbe, le Créateur, le Formateur ou le Tout et Très Contraignant. Dans cette proposition, le public se trouve confronté à ces noms écrits sur des badges de conférence. Ainsi c'est malgré tout à travers une image que chaque spectateur s'imagine intérieurement Dieu. La richesse par rapport à l'image qui aurait pu être montrée ne fait pas de doute.
Chacun alors s'imagine Dieu différemment.
Même indéchiffrable l’écrit garde ainsi sa valeur sacrée, et fait danser le corps de ses lettres sur un mur de silence où s’inscrivent les quatre-vingt-dix-neuf noms d’Allah (les bédouins disent que seul le chameau détient le nom du centième).
En tant qu’artiste, j’appuie en même temps sur la perte d’orientation du religieux qui passe par la question particulière de la Qibla(direction de la Mecque) et sur la perte d’un centre en général. »
Mounir Fatmi, 1999
La question des noms du divin est commune à la plupart des religions. Pour les chinois le mot Dao est le pseudonyme de l’ineffable. Lao Zi écrit : » Voie qu’on énonce n’est pas la voie - nom qu’on prononce n’est pas le nom ». Cette attitude se retrouve dans le judaïsme ou le nom de Dieu révélé à Moïse était prononcé une fois, lors du nouvel an par le grand prêtre et ne l’est plus depuis la destruction du Temple. Chez les auteurs chrétiens, la méditation sur les noms divins dit quelque chose de l’être de Dieu tandis que pour L’Islam les noms de Dieu renvoient à des attributs mais la réalité même de Dieu est indicible. L’attention portée par toutes les grandes mystiques à cette question pose la question de notre Relation avec Dieu, lien si intime qu’il touche à la sanctification ou à la profanation de son Nom par nos actes.
Dans le Coran, un mot sur vingt environ fait mention expresse de Dieu par l’un de ses noms. On n’oublie jamais Celui à qui revient la soumission (islâm) de tout. L’œuvre de Mounir Fatmi fait allusion au fait que ces noms sont arborés par les musulmans qui les portent sous la forme connue : àbd al Qâdir (Serviteur du Puissant) ou Abdallah= Àbd Allâh (Serviteur de Dieu)…
Dans le monde d’aujourd’hui on peut imaginer une conférence, ou chacun, « badgé » participerait à l’énonciation des 99 Noms. Ainsi l’artiste, pose à la fois la question de notre responsabilité à l’égard de ces Saints Noms et l’ambiguïté de leur apparition dans notre univers moderne.
Jean de Loisy, 2006,
Galerie saint Séverin, Paris
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