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12. Dieu est grand l God is great
 
 
2006, various size.
 
 
 

Dieu est grand, mais il peut aussi être tout petit. C’est sous la forme d’une boutade que s’ouvre cette série photographique, où l’on voit une main, armée d’une loupe, chercher partout les signes de Dieu.
Sous des apparences qui pourraient être marquées au sceau du cynisme (cette main équipée d’une loupe n’est pas sans faire penser au cynique Antisthène cherchant dans les rues d’Athènes, lanterne éclairée en plein jour, l’essence d’Homme proclamée par Socrate), se fait jour un authentique, et classique dans l’histoire de la métaphysique, questionnement ontologico-théologique : Quelle est l’essence de Dieu ? Comment peut-on le définir ?
Dans l’Islam, se prononce régulièrement le takbîr, en arabe Allah Akbar, qui peut se traduire par « Dieu est grand » ou plus précisément « Dieu est le plus grand ». L’islam se représente donc Dieu en terme de Grandeur, dans une immensité sans mesure.

Dans la simplicité de la logique et des mots, mounir fatmi tente de démontrer la contradiction d’une toute-positivité de Dieu. Si Dieu est le plus grand, il est donc mathématiquement susceptible d’être « tout », c’est à dire, de tout contenir, y compris le plus petit, mais aussi le plus petit, le plus méprisable, le plus faible... Car s’il « contient tout », il ne peut se « limiter » à des qualités positives, comme le laisse entendre les 99 noms que l’Islam attribue à Dieu (cf. « Face, les 99 noms de Dieu »), et qui ne sont que qualités de grandeur ( le tout-puissant, le superbe, le très-savant, le tout-généreux...)

Quoiqu’il en soit, bien des épisodes dans l’Histoire de l’humanité amènent nécessairement à reconsidérer la définition de Dieu à l’aune du Mal, à se demander « Quel est ce Dieu qui a pu laisser faire cela ? », et, à l’instar d’Hans Jonas*, à comprendre que la toute-puissance divine est un concept contradictoire.

« Dieu est un être équivoque, comme les textes sacrés. L'Ancien Testament, les Evangiles ou le Coran sont des livres qui disent tout sur tout. Si vous citez une sourate du Coran qui énonce qu'il n'y a pas de contrainte en religion, on pourra vous opposer une autre sourate qui appellera au châtiment des infidèles. Dieu est à la fois amour et mort, compassion et combat, le jour et la nuit. Dieu est une ambivalence comme l'homme lui-même. Et vouloir la lever reviendrait à nier l'essence humaine. » disait le philosophe Régis Debray**. Questionner le concept de Dieu, c’est questionner l’essence même de l’homme, le mal et la liberté, l’immanence de sa puissance et son irrésistible penchant pour l’idée de transcendance. Et surtout, ce que montre aussi mounir fatmi ici, c’est l’impossibilité d’échapper à l’idée de Dieu.

Delphine Yafil
Mars 2009

* Hans Jonas- le concept de Dieu après Auschwitz- Ed Rivages
** Régis Debray – à propos de son ouvrage « Dieu, un itinéraire »- Ed Odile Jacob – interview de Christian Markarian, 2001