Rien de tel pour éveiller des faits qui avaient ébranlé la Cité sainte du Vatican le 13 Mai 1981: Le Grand Pardon, peinture murale de Mounir Fatmi fut réalisée in situ, à l'Isola di San Pietro, dans le cadre de l'exposition Cul de Sac en marge de la Biennale de Venise 2009. Représentation recueillie au top d'une actualité supposée être suffisamment dérangeante, l'oeuvre subit immédiatement la sanction des plus cruelles: l'effacement. Ce geste fatal qui assura par ailleurs la place clé de la réalisation de Mounir Fatmi au sein du forum ne fut pas sans nous rendre à l'évidence que l'axe de l'art contemporain est désormais renversé. Si le meilleur de l'art vient du Sud et de l'Est, la censure est un privilège sans frontières.
Rappelons les faits: deux ans apès l'attentat raté contre le pape Jean-Paul II, ce dernier visitait en prison son bourreau, Mehmet Ali Agca, membre du groupement de l'extrême droite turque Les Loups gris pour lui accorder grâce. Le cliché photographique, devint l'icône de l'actualité parmi les plus médiatisées. 30 ans après une première condamnation à vie, Agca fut libéré pour devenir le messie contemporain, personnage fort convoité, l'image d'une conciliation possible des déchirures du monde actuel. Utopie à l'aura romantique, ce consensus imaginé et mis en image dans le cas du Grand pardon renvoie quelque part aussi au mythe de la peinture. Le tracé serait ici aussi un acte de commémoration.
Le fait d'actualité, portrait mordant d'une humanité schyzophrène aurait-il ainsi accès au rang de l'expression plastique? Et le fait de reproduire cette image ne lui donnerait -elle pas le pouvoir de commenter et dénoncer autrement un témoignage journalistique que l'art désormais s'approprie à partir d'une mémoire collective? Ce fait capté par l'objectif, témoin d'une rencontre historique ressucite en tant qu'objet anxieux,(pour reprendre ici le terme d'H.Rosenberg ), et sa citation devient une forme artistique nouvelle. L'avoir reproduit, recopié sur le mur d'un temple dédié à l'art, n'a fait qu'activer de nouveau et plus puissamment encore le pouvoir de sa représentation. L'artiste, lui, n'a fait que s'y tenir, alors que le monde autour en a extrait l'effet flamboyant des interprétations possibles.
Tzvetomira Tocheva |