mounir fatmi
 
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07. Tête dure l Hard head
Tête dure   Tête dure
 
2005. peinture acrylique sur le mur d'après dessin

Peint à même la paroi du mur, un calligramme noir, dont les entrelacs de courbes et contre-courbes enserrent les chiffres de 1 à 6, s'inscrit en place de cerveau dans le dessin d'un crâne dont le profil est tracé à la peinture noire sur un fond blanc. En dessous figure la libre traduction d'un fragment du verset du Coran en partie calligraphié dans cette Tête dure de Mounir Fatmi :  Est-ce qu'ils se ressemblent, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ?

À la manière de l'ancienne phrénologie, les chiffres arabes de Tête dure pourraient désigner, ainsi claustrés dans cet étrange cerveau-écriture, les lieux du désir, de la peur, de l'espoir, de la haine ou de la  mélancolie, ou bien les sites régissant la mémoire et la créativité, activant la foi ou l'athéisme, la compassion ou la misanthropie, l'envie de vivre ou celle de préférer ne pas. Ainsi, au tout début du XIXème siècle, Franz Josef Gall s'employait-il à spatialiser l'esprit, localiser dans le cerveau ce qui commande la foi autant que la parole et la marche, à lier le savoir et la croyance à l'anatomie. Après Descartes, qui affirmait déjà que c'est par la glande pinéale que l'âme se trouve unie à toutes les parties du corps, Gall avait répertorié le "centre de l'esprit métaphysique", identifiant la place du spirituel dans le corporel.
Avec cette peinture murale minimaliste et radicale, Mounir Fatmi décolle jusqu'à l'os les strates de quelques unes des représentations qui constituent nos identités occidentales ou orientales, profanes ou religieuses.
S'il existe une spécificité de l'art critique actuel, ce n'est assurément pas d'être "chrétien", ou  "musulman", ou "juif", pas plus qu'africain ou occidental, ou de quelque appartenance identitaire dont l'Art s'est depuis longtemps prévalu. Ce n'est pas non plus de croire que la démarche artistique est identique à la démarche scientifique car il serait aisé de démontrer que le parallèle est peu pertinent. Ce qui pourrait vraiment être la marque de la postmodernité artistique, c'est une certaine capacité à observer les vérités en tant que représentations, en tant que jeux de langage commandant une organisation sociale, politique et religieuse.

Extrait du texte d'Evelyne Toussaint, Septembre 2006