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07. Peintures du dimanche I Week end paintings
 
  mounir fatmi wall painting
2002-2005, wall painting, in situ.
 
 
 

Le jeu de mot sur l’expression « peinture du dimanche », comme on dit d’un artiste dilettante qu’il est un « peintre du dimanche »,  souligne d’emblée le caractère non systématique de ce type de proposition dans le travail de mounir fatmi. Les peintures du dimanche, comme leur nom l’indique, se décident et se produisent le week-end, lorsque deux conditions sont réunies : d’une part, la possibilité pour l’artiste de travailler in situ, dans le cadre d’une exposition personnelle ou non, d’un projet particulier, d’autre part, lorsque l’actualité du week-end se prête à une réaction de l’artiste.
Elles ont aussi une portée symbolique en ce que, faites le dimanche, elles renvoient à la dimension religieuse de ce jour particulier dans le calendrier catholique.
Enfin, la spécificité de ce travail, circonscrit dans une unité de temps et de lieu, est également une façon pour l’artiste de se positionner comme toujours en alerte, même le week-end, lorsque ailleurs en Occident le loisir prend le pas sur la vigilance, la capacité à s’indigner se met en sommeil au profit du délassement.

Les week-end paintings donnent à voir des images de l’actualité immédiate, prises dans des journaux, images choc ou hautement significatives du temps présent, de l’histoire en train de se faire en même temps qu’images que le flux médiatique aurait tôt fait de nous faire oublier, rendues banales par l’habitude de telles images, si ce n’était cette capture temporelle, qui, les figeant dans un espace et un temps particuliers –ceux de la galerie, du musée- nous oblige à un autre regard.

En effet, la frontalité, le recadrage, le traitement en grandeur nature, le choix des couleurs vives sur le fond mural blanc rendent une intensité presque réaliste à ces images. Nous  voici à la fois témoin et voyeur face à une image qui, passée au filtre de l’esthétisation, donne à voir une certaine beauté, ne serait-ce que formelle – ce faisant, l’artiste pose à nouveau au passage la question de l’esthétique du mal- dans ce qui n’est souvent que drame. Mounir Fatmi interroge ainsi l’ambiguïté de notre appréhension de l’image d’actualité. Car si nous mettons entre parenthèses le choix que nous imaginons déterminé de l’artiste de telle image plutôt que telle autre, l’image proposée, dénuée de tout commentaire, projetée là comme devant parler d’elle-même, impose une sorte de neutralité qui, en miroir, renvoie à l’obligation de se questionner sur ce que nous en comprenons, sur la manière dont nous l’interprétons, sur la façon dont celle-ci s’imprime dans nos mémoires sélectives

Marie Deparis