mounir fatmi
 
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03. Effacement mémorisation l Obliteration memorizing
Effacement mémorisation  

 

 
commencés en 1996, acrylique sur papier, photographies et vidéo

Des témoins acceptent de voir des peintures qui vont être recouvertes de plusieurs couches de blanc qui constituent un voile entre ceux qui ont vu et ceux qui n'ont pas vu. Ils sont photographiés. Leurs photos sont exposées associées aux peintures signées Peint Vu Effacé.


"Mounir Fatmi se présente à travers ses œuvres avec une transparence extrême, c'est-à-dire avec tout ce que son œuvre endure comme contradictions et conflits -d'ordre intellectuel, artistique et humain- qui se révèlent dans sa constante recherche d'horizons nouveaux ouverts par les progrès techniques où l'art vit aussi au rythme de la technologie. La proclamation de sa mort symbolique en 1993, ne procède pas seulement de la provocation mais s'inscrit plutôt dans sa démarche personnelle pour dénoncer le manque d'intérêt qu'on accorde aux œuvres et aux artistes. Elle aboutit en 1996 à l'effacement de ses œuvres. Fatmi tente pourtant d'en sauver quelques-unes en leur cherchant des témoins oculaires qu'il photographie comme dépositaires de ces œuvres effacées de l'existence visuelle, qui investissent à travers eux une mémoire mobile, renforcée par l'Internet. C'est ainsi que l'œuvre ressuscite et voyage par-delà les frontières de la géographie, de la culture, de la langue et de la civilisation.
Ceux qui suivent le parcours de cet artiste ne manqueront pas de poser à leur tour d'autres questions philosophiques cette fois sur l'artiste même comme phénomène, notamment, celles sur l'existence et la propriété ou, globalement, sur les formules de communication dans les arts en général.
Effacer des tableaux et les juxtaposer avec des portraits -comme témoins de leur existence- ne constitue-t-il pas une "historisation" de l'instant de la mort ou du meurtre prémédité ? L'effacement signifierait alors peut-être l'effacement de toutes les frontières entre les genres d'expression artistique.
Cette kyrielle de questions nous réfère à la pensée matérialiste sur l'existence et la vie comme condition de la continuité de l'espèce. Dans sa théorie "La négation de la négation", le philosophe allemand Hegel a tenté d'expliquer ce processus à travers l'exemple du grain de blé qui devient épi après avoir été bourgeon, en traversant des cycles physiques radicaux et vitaux. Chaque cycle est une négation de l'autre, pour que sa fonction s'accomplisse jusqu'au cycle qui lui succède avec les préludes de son annihilation et ainsi de suite… "

extrait du texte d'Ahmed Boughaba, Négation de la négation



Witnesses agree to see paintings which are to be covered with several layers of white which constitute a veil between those who saw and those who did not see. They are photographed. Their photos are exposed next to the paintings signed "Peint Vu Effacé" (Painted, seen, obliterated)

 
"Mounir Fatmi presents himself through his work with extreme transparency, showing the contradictions and conflicts - intellectually, artistically and humanly. This is revealed in his constant search for new horizons made possible by technical progress, where art also lives to the rhythm of the technology. The proclamation of his symbolic death in 1993 does not proceed only from provocation but, rather, is inscribed in his personal action to denounce the lack of interest that we show in art and artists. In 1996, the outcome was the destruction of the work. However, Fatmi attempted to save some of them by seeking an optical witness. They were photographed, thereby creating a depository of the work effaced from physical existence. In this way, his art is endowed with a mobile memory, strengthened by Internet. Thus, the work relives and travels beyond the frontiers of geography, culture, language and civilisation.
Those who follow the voyages of this artist will not fail, in turn, to pose other philosophical questions - this time on the artist personally as a phenomenon - notably on existence and property or, globally, on communication formulas in the arts generally.
Destroying work and juxtaposing it with portraits - as witnesses of their existence – is not this a "historicism" of the moment of death or premeditated murder? Destruction would then perhaps mean the destruction of all frontiers between kinds of artistic expression.
This stream of questions refers us to materialistic thought on existence and life as a condition of the continuity of the species. In his theory "The negation of negation", the German philosopher Hegel tried to explain this process through the example of the grain of wheat that becomes an ear after being a bud, by passing through cycles that are physical, radical and vital. Each cycle is a negation of the other, so that its function is accomplished up to the cycle that succeeds it with the prelude of its annihilation and so on… "