mounir fatmi
 
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13. Le minimalisme capitaliste l The Minimalist Capitalism
Le minimalisme capitaliste   Le minimalisme capitaliste
Rijksakademie, Amsterdam, 2006

2006. Chevalet, peinture, phrase, dimensions variables

Installation en développement, le minimalisme capitaliste s’articule autour d’un double questionnement : celui du lien entre religion et image, celui des liens, des connexions, des relations entre mouvement artistique et idéologie politique.

Une réflexion sur l’image - Tableau presque monochrome, chevalet sans tableau : il n’y a, comme on le dit du minimalisme, « rien » à voir et pourtant le problème du sens de l’image, en sa dimension sacrée, est posé : la partie centrale du chevalet, d’un rouge vif tranchant sur le blanc sur blanc du reste de l’installation, évoque à la fois un motif récurrent des différents mouvements conceptuels du 20ème siècle –du suprématisme au constructivisme, du Bauhaus à De Stilj, du minimalisme à l’art conceptuel- et la croix chrétienne, image canonique dans l’histoire de l’art occidental.
C’est ce même chevalet , celui de Matisse, de Delacroix, qui, introduit dans l’Orient colonisé, détourne l’artiste arabe de l’ornementation, et le pousse à singer pour un temps les esthétiques orientalisantes et les grands moments de l’histoire de l’art occidental, remettant en question par ce biais son rapport à l’image et à la représentation figurée comme imitation de la création divine, réinitialisant celle de l’image non-figurée.
C’est ce même chevalet que le constructivisme, dès les années 20, entend supprimer et que le minimalisme américain achèvera de dissoudre.

Question des liens entre mouvement artistique et idéologie politique- Le « minimalisme capitaliste » : un oxymore ? Ici, mounir fatmi fait explicitement référence au minimalisme américain, né dans les années 60, en réaction à l’Expressionnisme abstrait et surtout au Pop art, interprété comme quintessence du triomphe et de la frénésie de la société de consommation capitaliste et de l’ american way of life. Car si Frank Stella, Donald Judd ou Carl Andre ont pu faire leur le principe du « less is more », c’est bien qu’il existe entre l’architecte allemand Ludwig Mies van der Rohe, pape de l’architecture dans le Chicago des années 40, à qui l’on prête (à tort) la paternité de cette maxime, le Bauhaus dont il est issu, et le constructivisme russe, des connexions politiques tout autant qu’esthétiques.
Si l’Histoire est, en un sens, « géographie dynamique », « plateau rizhomatique » (Deleuze) alors celle-ci , lorsqu’elle contraint les artistes du Bauhaus à fuir l’Allemagne Nazie pour les Etats-Unis, entraînant avec eux ses racines, Malevitch, Rodtchenko - soutiens picturaux de la Révolution russe- court-circuite les préjugés historiques.
Ou comment bien des gratte-ciels de Chicago ou de New-York, symboles triomphants du capitalisme, comme les premiers plans de Le Corbusier doivent beaucoup au constructivisme russe. Et comment Dan Flavin, en pleine guerre froide, construit une œuvre en hommage constant à Vladimir Tatline*.

Le manifeste du Bauhaus annonce : « Le but final de toute activité plastique est la construction » Cette construction que mounir fatmi entend, d’oeuvre en œuvre, déconstruire.

Marie Deparis

*Vladimir Tatline ( 1885 - 1953- Moscou) dont l’œuvre la plus célèbre fut son projet pour un Monument à la Troisième Internationale, datant de 1919-1920, qui aurait servi à abriter les quartiers généraux du Komintern ( Internationale Communiste) mais ne sera jamais réalisée. Ce projet constitue l'œuvre la plus emblématique du Constructivisme.