2007. Obstacles peints, échelles en métal, dimensions variables.
A l’aide de barres de saut hippique, repeintes aux couleurs de la bannière étoilée, mounir fatmi transforme le drapeau américain en un immense obstacle impossible à franchir. Cet amas complexe de barres rouges, blanches et bleu, tel un mikado géant, occupe l’espace du patio et se dresse comme une sculpture à la fois imposante, instable et dangereuse.
Ces obstacles reviennent comme un leitmotiv dans l’œuvre de l’artiste. Ils représentent à chaque fois un nouveau défi à relever. J’aime l’Amérique invite le spectateur à dépasser l’idée de drapeau, de territoire et d’identité, toutes ces limites qui s’imposent en permanence à l’artiste et à tous ceux qui cherchent à franchir des frontières.
Comment contourner ces murs qui jalonnent l’histoire des relations entre l’Amérique, l’Europe et le reste du monde, comme celui qui est en projet entre les Etats-Unis et le Mexique ? Inspiré par la déconstruction de Jacques Derrida, Mounir Fatmi relie pour défaire, défait pour lier et joue de la multiplicité des points de vue. Lorsqu’on le contourne, son obstacle géant présente des failles et l’image du drapeau se désagrège, miroir d’une Amérique aux multiples facettes.
J’aime l’Amérique est à la fois un hommage et une critique. Sur le plan formel elle rappelle l’architecture, le Pop Art, Jasper Johns et tout ce que l’Amérique aura apporté à l’histoire de l’art. Mais son titre renvoie à la fameuse action de Joseph Beuys en mai 1974 : I like America and America likes me. A son arrivée à New York, l’artiste allemand se fit enfermer pendant quatre jours dans une galerie avec un coyote, l’animal sacré des Indiens ; puis il repartit pour l’Allemagne sans avoir échangé une parole avec quiconque. Réalisée en pleine guerre du Vietnam, cette performance invitait à une réconciliation entre l’homme et la nature, entre l’oppresseur et l’opprimé. L’installation de mounir fatmi, en 2007, vient lui donner une nouvelle actualité.
*Cette performance a été réalisée à New-York du 21 au 25 mai 1974 à la galerie René Block. Joseph Beuys avait choisi un coyote parce que c’était l’animal emblématique des Indiens d’Amérique. Il voulait apprivoiser ce symbole d’un peuple exterminé au nom du progrès, et réconcilier nature et culture.
Avec le soutien de
Fundaciòn Almine y Bernard Ruiz-Picasso Para El Arte
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