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10. Ecrans noirs l Black screen
Ecrans noirs   Ecrans noirs
Uit de landen van ondergaande zon, Arti e amicitae, Amsterdam, 2005
2004-2005. cassettes vhs vierges, dimensions variables

Vaste composition murale, Ecrans noirs se présente comme un tableau de grand format, réalisé à partir de cassettes VHS.
Ces cassettes, détournées de leur usage usuel, se voient transformées en éléments décoratifs, dont le motif itératif trouve résonance dans la rigueur des compositions géométriques de l’art concret ou de l’art minimal. Noir profond du plastique ponctué de manière régulière des ronds blancs des pivots de rembobinage des cassettes, ce tableau offre un effet à la Niele Toroni, « degré zéro » de la représentation picturale.
Mais si Ecrans noirs semble s’accorder sur le plan formel avec les principes de répétition du motif et de l’économie du moyen, sur l’idée d’une indistincte épure esthétique, l’installation se détourne cependant de cette neutralité, cherchant à évoquer un sens là où l’art concret « ne symbolise » rien, n’est rien d’autre que ce que l’on voit, comme aurait pu le dire Frank Stella du minimalisme, ne reposant que sur la seule logique interne de ce qui est visible.
Ecrans noirs induit en effet clairement une ambiguïté entre l’utilisation d’un vocabulaire plastique emprunté au minimalisme et le choix signifiant des cassettes VHS. Placées les unes à côté des autres, objets ordinaires apparemment inoffensifs, elles donnent aussi à voir en filigrane une étrange collection, un mur d’objets hier technologiques, aujourd’hui obsolètes, véhiculant images et sons, transmettant des informations, et qui restent aujourd’hui les supports d’une communication archaïque, connus comme outil de propagande et de menaces extrémistes. Aussi combien de violences promises et de terreurs sont-elles cachées dans ce mur d’images que l’on ne voit pas, que l’on imagine ou que l’on craint, signes inquiétants de quelqu’arrière-monde, comme aurait dit Nietzsche, dont l’insaisissable contenu, fantasmagorique peut-être, contraste avec le minimalisme apaisant de son apparence ?
Sur l’écran éteint des Ecrans noirs, chacun projette son propre cinéma, ses propres angoisses, ses peurs séculaires, ses fantasmes.... C’est donc aussi une remise une cause critique du pouvoir des images, de celles que l’on a vu ou que l’on croit avoir vu, de celles que l’on nous montre, de celles que l’on interprète et de celles qui nous restent cachées… A la valeur sémiotique de ce mur d’objets se signifiant en mur d’images, s’ajoute alors la suspicion que l’image médiatique puisse n’être le plus souvent qu’image-leurre, simulacre visuel, renforçant les interrogations de l’artiste quant aux degrés de réalité, et au-delà, de vérité, de l’image.

Marie Deparis, Paris 2007