mounir fatmi
 
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09. Les connexions l The connexions
Connexions   connexions
carré   carré   carré   carré   carré   Jusqu'au bout de la poussière, espace des arts, Colomiers, 2004
2003 - 2007. Livres, câbles de connexion, loupes, dimensions variables

Le souci du lien, de la mise en relation, du réseau est au cœur du travail de mounir fatmi depuis sa genèse, dans des approches plastiques et conceptuelles variables. A partir de 2004, il entreprend une nouvelle configuration de cette réflexion, en relation intime avec celle qu’il mène sur la valeur du savoir, dans cette invention poétique que sont Les connexions. Comme la plupart des propositions de l’artiste, celle-ci se constitue dans une stratification de sens se déployant autour d’axes majeurs : esthétique, éthique, culturel, politique, existentiel.

L’installation, s’offrant de prime abord comme un fouillis déroutant de livres reliés entre eux par des câbles de connexion et des pinces, révèle pourtant un souci de la composition et de la couleur. Entre le réseau de fils multicolores, et les livres dans leur condition d’objets, choisis aussi pour le graphisme de leur couverture, leur volume physique, se dessine quelque chose comme un plan architectural visuellement et esthétiquement dense.

Puis très vite, l’attention est attirée par le titre et, au-delà, par le contenu, connu ou supposé, des ouvrages que l’artiste a choisi de connecter entre eux. Le hasard n’a guère ici sa place, chaque livre est délibérément connecté à un autre pour créer un rapport de sens, par opposition, réaction, glissement sémantique, proximité…
Chaque livre relié à un autre suscite ainsi la curiosité : avec quoi et pourquoi sont-ils ainsi connectés ? C’est ici que se referme le piège : de cet objet apparemment hétéroclite qui, avec ses fils connectés, prend l’allure d’une bombe artisanale, on s’approche au lieu de s’éloigner, séduit malgré –ou à cause- du danger pressenti, manière pour l’artiste de dire conjointement la fascination, et d’une certaine manière, la beauté maléfique de la destruction, et le pouvoir toujours dévastateur des mots.
Chaque livre relié à un autre se pose aussi comme énigme contextuelle, que l’on déchiffrera – ou non. Car en deçà du visible – connexions des titres comme autant de jeux de mots signifiants- se jouent des infra-sens, ce qui est lu- ou non, ce qui est su – ou non : tout un monde de textes, sacré, profane, idéologique ou pratique, inoffensif ou menaçant, porteur de libération ou de propagande, lieu de résistance…Tout un « réseau de traces », comme le dirait Derrida, à interpréter.
Ainsi le livre, concept qui tend aujourd’hui à se virtualiser- au regard des moyens contemporains d’accession au savoir- trouve dans Les connexions une pertinence nouvelle.

Mis en réseau, les livres connectés questionnent tout à la fois l’éclectisme d’une culture individuelle - les « relations informulées d’invisibles réseaux de lecture »- et la fécondité de la conjonction des cultures. Les câbles matérialisent le flux cosmopolitique, la circulation et la transmission des idées, idées conductibles en résistance contre toutes les formes d’ignorance et de préjugé.
Mis sous tension, les livres connectés pointent aussi les contradictions, et peut-être la relativité, des idéologies et des religions, des fondations culturelles et des philosophies directrices.
Les connexions se présentent alors comme un système ouvert de « multiplicités » sans racines, reliées entre elles de manière non arborescente, dans un plan horizontal (un « plateau » deleuzien) qui ne présuppose finalement pas plus de centre que de transcendance.

Marie Deparis, Paris 2007